La Russie aurait deploye des armes dans l039espace ciblant specifiquement

La Russie serait en train de passer du stade des essais expérimentaux à celui des armes antisatellites opérationnelles en orbite basse, avec dans son viseur des satellites américains jugés cruciaux, a alerté récemment le général Stephen Whiting, chef du US Space Command. Sans le nommer, il faisait très probablement référence au programme militaire russe Nivelir, une série de satellites dits «poupées russes» qui approchent et suivent de près des satellites espions du National Reconnaissance Office américain (NRO).

Depuis 2013, plusieurs engins Nivelir ont été lancés sur des orbites proches de celles des satellites espions américains et certains ont libéré en vol de plus petits sous‑satellites capables d’effectuer leurs propres manœuvres. Ars Technica explique que lors d’un test en 2020, l’un de ces sous‑satellites a même éjecté un mystérieux objet à grande vitesse, que les analystes américains considèrent comme un projectile pouvant être tiré sur un autre satellite. D’où la comparaison récurrente avec une matriochka: une coquille extérieure abritant des armes internes.

Le dernier satellite suspecté d’appartenir à ce programme a été lancé en mai dernier depuis le cosmodrome de Plessetsk, au moment précis où la rotation de la Terre faisait passer le site sous le plan orbital de USA‑338, un satellite optique du NRO. Ce type de synchronisation, utilisé par exemple pour les vols vers l’ISS, permet de placer immédiatement l’engin sur la même trajectoire que sa cible.

Jusqu’ici, les satellites Nivelir n’ont pas réduit la distance à moins de quelques dizaines de kilomètres, mais ils sont positionnés de façon à pouvoir s’approcher rapidement, ce qui ne doit rien au hasard: un lancement décalé de quelques minutes les placerait sur un autre plan orbital, rendant l’approche bien plus difficile, voire impossible avec le carburant disponible.

Pour le général Whiting, il ne fait guère de doute que Moscou a d’abord «testé des armes à proximité de nos satellites», et qu’elle déploie désormais des systèmes opérationnels «à portée orbitale» de ces actifs à très haute valeur stratégique. Il compare cette attitude à une situation où les États‑Unis testeraient un nouveau chasseur et ses missiles non pas dans le Nevada, mais en le faisant voler au plus près d’un bombardier russe en patrouille: une provocation inhabituelle, loin des pratiques d’essais classiques.

Moscou moins bien armé que Pékin ou Washington

Cette montée en puissance impose aux États‑Unis une surveillance permanente des objets en orbite. Un réseau de radars et de télescopes au sol et dans l’espace piste en continu des dizaines de milliers de débris et de satellites, en prêtant une attention particulière aux engins susceptibles de menacer les plateformes de renseignement, de navigation ou d’alerte avancée. «Si l’un de ces systèmes russes commence à manœuvrer, nous voulons le détecter immédiatement et prévenir les opérateurs du satellite visé», insiste Stephen Whiting.

En toile de fond, la Russie reste un acteur spatial solide, même si son industrie souffre de sous‑financement chronique, de problèmes de qualité et des sanctions internationales, comme le rappelle le dernier rapport public de la communauté du renseignement américain. Moscou dispose de moyens plus limités que Washington ou Pékin, mais semble avoir tiré une conclusion stratégique claire: face à un déficit en armements conventionnels, il lui faut chercher des avantages asymétriques dans le nucléaire, le cyber et l’espace.

Alors que la guerre en Ukraine a mis au jour les faiblesses de l’armée russe et l’importance de systèmes comme Starlink pour les communications, la tentation est d’autant plus grande, pour le Kremlin, de chercher un levier de rupture dans l’espace plutôt que dans un affrontement direct.

Pour l’heure, souligne Stephen Whiting, la Russie a choisi d’attaquer davantage dans le cyberespace que de tirer ouvertement sur des satellites, même si elle a déjà mené un test antisatellite direct quelques mois avant l’invasion de l’Ukraine, comme un signal adressé à l’Occident. Le déploiement de satellites «poupées russes» désormais considérés comme opérationnels montre que le champ de bataille orbital fait partie intégrante de sa stratégie, et que la stabilité de l’espace reste fragile.


Source:

www.slate.fr