On sait que le président américain Donald Trump exige une adhésion inconditionnelle et inébranlable à ses politiques, sous peine de critiques incendiaires. Son obsession pour Pedro Sánchez et ses critiques à l’égard de Keir Starmer, Emmanuel Macron ou Friedrich Merz étaient connues. Mais la surprise est venue de sa rupture avec la Première ministre italienne Giorgia Meloni, malgré leurs affinités idéologiques.
Donald Trump ne respecte que des autocrates comme Xi Jinping ou Vladimir Poutine: il s’identifie à leur style et prétend mieux s’entendre avec eux qu’avec ses alliés européens. Et il ne craint que Benyamin Netanyahou, qui l’a embarqué dans la guerre insensée contre l’Iran. Donald Trump est allé jusqu’à affirmer que l’OTAN n’est aujourd’hui qu’un «tigre de papier» (Mao Zedong aurait été d’accord), bien qu’elle soit dirigée par un Mark Rutte multipliant les courbettes à l’égard du président américain.
Des propos contre le pape qui ne passent pas
Dans une interview de Viviana Mazza publiée dans le Corriere della Sera du 15 avril, au cours d’une conversation téléphonique de six minutes, Donald Trump s’en prend frontalement à Giorgia Meloni, jusqu’alors une alliée solide et fiable. Il déclare se sentir «déçu»; il a cessé de la considérer comme «courageuse», car il pensait qu’elle allait l’aider dans la guerre contre l’Iran; elle lui semble «ingrate» et n’est plus la «remarquable» dirigeante conservatrice qu’il avait connue.
La présidente du Conseil des ministres italien a tenté d’être l’interlocutrice privilégiée de Donald Trump en Europe et elle partageait pour l’essentiel l’idéologie de l’ultraconservatisme de la droite radicale occidentale, mais il s’avère désormais qu’elle lui semble «inacceptable». Il a utilisé cette expression parce que Giorgia Meloni a jugé «inacceptables» les propos de Donald Trump contre le pape Léon XIV (J.D. Vance s’est joint à cette critique, allant même jusqu’à donner des leçons de théologie à la plus haute autorité pontificale).
«Donald Trump s’en prend au pape Léon XIV après son message antiguerre», France 24 (France 2), 13 avril 2026.
Attaquer le pape a probablement été l’une des plus grandes erreurs de Donald Trump. D’une part, parce qu’aux États-Unis, la majorité des catholiques n’a pas compris le président et, d’autre part, parce qu’en Italie, il est impensable de ne pas serrer les rangs derrière le souverain pontife dans une affaire pareille, d’où le fait que Giorgia Meloni l’a immédiatement défendu.
Contradictions trumpiennes et (quasi) unité en Italie
Les arguments de Donald Trump pour critiquer Giorgia Meloni sont de deux types. Le premier, ridicule tant il est invraisemblable, est que l’Italie n’aurait pas réalisé que si l’Iran disposait de la bombe atomique, le pays ne tiendrait pas deux minutes. Le second concerne le pétrole, Donald Trump annonçant que les Italiens se retrouveront privés de cette ressource pour avoir refusé de coopérer.
Toutes ces déclarations sont, comme souvent, contradictoires: Donald Trump a annoncé l’année dernière que les installations nucléaires iraniennes avaient été totalement détruites, tout en affirmant que, si l’OTAN ne sert à rien, on ne comprend pas pourquoi il lui demande de l’aide, pour ajouter ensuite qu’il n’en a pas besoin non plus. Tout cela s’inscrit dans le discours trumpiste contre l’Union européenne (UE) qui, de son point de vue, aurait des politiques migratoires néfastes (malgré le durcissement général, sauf en Espagne, des politiques d’accueil et de régularisation!) et des politiques énergétiques désastreuses (en raison du soi-disant «fondamentalisme vert» de l’UE).
Donald Trump annonce de nouvelles relations avec l’Italie et avec Giorgia Meloni, en se montrant beaucoup plus distant. Pour le gouvernement italien, la question s’est avérée quelque peu délicate, car il a dû concilier le soutien évident et sans réserve à Giorgia Meloni avec le maintien de l’alliance avec les États-Unis. Ignazio La Russa (le président du Sénat italien) ou Antonio Tajani (le ministre des Affaires étrangères) ont précisé qu’être des alliés fidèles ne signifie pas accepter sans broncher n’importe quelle décision d’un gouvernement ami et que, dans ce cas précis, ils ne pouvaient pas se rallier à Donald Trump.
En Italie, l’opposition a manifesté sa solidarité avec Giorgia Meloni et avec le pape, car la priorité est de défendre la souveraineté nationale du pays, tout en rappelant que la Constitution italienne rejette la guerre. Elly Schlein (Parti démocrate), Angelo Bonelli (Alliance des Verts et de la gauche), Matteo Renzi (Italia Viva), Carlo Calenda (Action) et Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles) ont tous, avec de légères nuances, rejeté les attaques de Donald Trump contre Giorgia Meloni et le pape.
À la suite des déclarations de Donald Trump, Giorgia Meloni a décidé de ne pas renouveler le mémorandum de défense avec Israël qui était automatiquement prolongé tous les cinq ans, un signe supplémentaire de la prise de distance générale de l’Italie vis-à-vis des politiques de Benyamin Netanyahou.
Le vent tourne légèrement en Europe
La question est donc de savoir pourquoi Giorgia Meloni a changé de cap. Un élément d’explication réside dans la défaite de Viktor Orbán en Hongrie. La Première ministre italienne a parfaitement compris la portée des élections hongroises, le revers le plus grave pour la droite dure en Europe et un signe que leur ascension apparemment imparable partout n’est pas du tout acquise.
Giorgia Meloni a constaté que se rapprocher trop de Donald Trump est désormais de plus en plus contre-productif et que, de surcroît, sa vocation impériale hégémoniste se heurte aux souverainetés nationales d’États européens comme l’Italie. En cela, Giorgia Meloni, dont le groupe au Parlement européen (Conservateurs et réformistes européens) est celui qui fait le plus d’efforts pour tenter de se «normaliser», s’avère une fois de plus être la dirigeante la plus intelligente de la droite radicale.
En définitive, Giorgia Meloni a gagné en crédibilité en Italie –ce qui lui était profitable après avoir perdu le référendum sur la réforme judiciaire– en défendant la souveraineté nationale, en réaffirmant une vision atlantiste paritaire et en choisissant de s’aligner sur l’Union européenne, dans le sens où la guerre de Donald Trump n’est pas «notre guerre».

La version originale en espagnol de cet article a été publiée par Agenda Publica.
Source:
www.slate.fr
