Jeune reine

Comment une reine émerge-t-elle chez les abeilles asiatiques (Apis cerana) et les abeilles européennes (Apis mellifera) ? « L’idée de départ était relativement simple : on prenait un œuf, on le plaçait dans une cellule royale, on le nourrissait de gelée royale, et on obtenait une reine », reprend dans un communiqué Boris Baer, ​​entomologiste et directeur du Centre de recherche intégrative sur les abeilles de l’Université de Californie à Riverside, aux Etats-Unis. L’histoire est en réalité plus compliquée. « Nous avons découvert qu’il existe tout un mécanisme derrière ce processus, explique le chercheur, co-auteur d’une étude internationale publiée le 3 juin 2026 dans la revue Nature. Il est bien plus sophistiqué que nous l’imaginions ». 

La gelée royale est une substance riche et blanchâtre donnée par les ouvrières aux larves. Cet aliment ne sera donné que les premiers jours aux larves qui deviendront des ouvrières alors que la reine en sera nourrie même à l’âge adulte. Jusqu’alors, les scientifiques pensaient que c’était cette différence dans l’alimentation qui était la clé principale de la transformation de la reine. En réalité, la cellule royale dans laquelle elle se développe a aussi une importance capitale.

Lire aussiL’un des plus importants rassemblements d’abeilles nichant au sol découvert dans un cimetière américain

Un environnement précieux pour le développement de la future reine

Les cellules royales sont reconnaissables car elles ressemblent à des cacahuètes et non à la structure hexagonale typique destinée aux autres abeilles de la colonie. La nouvelle étude révèle maintenant que les chambres royales ne constituent pas un simple abri : elles sont construites à partir d’une cire aux propriétés physiques et chimiques particulières.

Elles sont par exemple moins denses que les autres cellules, plus souples et plus efficaces dans le maintien de la chaleur et de l’humidité nécessaires au développement de la larve. Et cette cire diffère également par sa composition en acides gras et en signaux chimiques. L’environnement dans laquelle la future reine se développe est donc très spécialisé. Sans ce cocon, pas de reine saine.

Une cellule royale. Crédit : Fang Yu/UCR

En effet, les auteurs de la nouvelle étude ont élevé des reines en développement dans des cellules en cire royale ou en cire basique. Ils ont alors pu constater que les larves élevées dans la cire destinée aux ouvrières avaient plus de risques de mourir (de 50% à 62,5%) ou de devenir de petites reines, même nourries avec de la gelée royale. 

Lire aussiLa faim, un signal de métamorphose chez certaines abeilles

Les précieuses compétences des « bâtisseuses de cellules royales »

Plus étonnant encore, les chercheurs ont identifié une nouvelle classe d’ouvrières, particulièrement jeunes, qu’ils appellent « bâtisseuses de cellules royales » et qui semblent spécialisées dans cette tâche. Elles possèdent « des caractéristiques physiologiques et comportementales uniques », souligne l’étude.

Ces abeilles d’un autre genre ont une température dans le thorax très élevée (39,7 °C) et « subissent une reprogrammation physiologique et transcriptomique spécifique à la tâche, permettant une ingénierie précise », souligne l’étude. Laborieuses, elles construisent la chambre royale « de manière continue sur de longues périodes ». Pour ce faire, elles utilisent des matériaux issus de la ruche, en les enrichissant et en les modifiant.

Ces nouveaux résultats indiquent que « les colonies d’abeilles ne sont pas de simples regroupements d’individus. Elles fonctionnent comme des systèmes biologiques intégrés, capables de façonner leur propre environnement », s’émerveille Boris Baer.


Source:

www.sciencesetavenir.fr

Avatar photo

Par La Rédaction

La Rédaction de Le Tribunal rassemble un collectif de journalistes et d'analystes engagés à offrir une information rigoureuse, indépendante et réactive. Au quotidien, notre équipe décrypte les grands enjeux politiques, économiques et sociaux pour vous proposer des analyses concises et objectives de l'actualité internationale.