Emmanuel Marre signe son deuxième long métrage avec Notre salut, un film né de documents privés et de souvenirs de famille. Le réalisateur plonge dans les archives familiales pour retracer l’histoire de son arrière‑grand‑père, compromis dans le pétainisme, et confie le rôle central à Swann Arlaud, qui incarne un petit fonctionnaire zélé au service du régime de Vichy.
La narration privilégie le regard sur une bureaucratie ordinaire plutôt que sur les grands acteurs politiques : elle montre comment des procédures administratives et des comportements routiniers ont pu contribuer à la mise en œuvre d’une politique d’État. Le personnage incarné par Swann Arlaud apparaît ainsi comme l’exemple d’un engagement discret mais déterminant, une figure qui éclaire les mécanismes de complicité et d’obéissance dans les administrations.
Le film s’appuie sur des documents familiaux et des traces d’archives pour fonder sa vigilance historique, tout en adoptant une écriture cinématographique contemporaine. Cette démarche met en lumière la manière dont les sources privées peuvent enrichir le travail de mémoire et offrir des matériaux pour questionner le passé. Le recours à ces archives interroge également la place du témoignage personnel dans la représentation filmée d’événements collectifs.
Au-delà du portrait individuel, Notre salut contribue à relancer le débat sur la mémoire du Vichy et sur la responsabilité des acteurs ordinaires. Le film fournit un point d’entrée pour des discussions en milieu culturel et éducatif sur la transmission de l’histoire et les formes de complicité administrative. Dans le paysage du cinéma contemporain, il témoigne de l’intérêt pour les récits qui mêlent histoire familiale et enjeux publics, sans chercher à instrumentaliser les sources mais en privilégiant leur mise en récit.

