Le procès de Bobigny retrouve le chemin de l’écran avec L’Affaire Marie-Claire, film signé Lauriane Escaffre et Yvo Muller. Porté par Charlotte Gainsbourg dans le rôle de Gisèle Halimi et Cécile de France dans celui de Michèle Chevalier, le long-métrage choisit de revenir sur un épisode majeur de l’histoire judiciaire française sans chercher l’emphase. Son ambition tient dans un équilibre délicat : raconter un combat collectif à partir d’un drame intime, en évitant de réduire les protagonistes à des symboles figés.
L’affaire renvoie au procès de 1972, à Bobigny, où Marie-Claire Chevalier, mineure, fut poursuivie après une interruption de grossesse consécutive à un viol. Sa mère, Michèle Chevalier, fut également impliquée dans la procédure. Défendue par Gisèle Halimi, la jeune fille devint malgré elle le centre d’un débat national sur l’avortement, la justice et la place des femmes dans la société. Ce moment a contribué à nourrir la mobilisation qui précéda l’adoption de la loi Veil en 1975, texte consultable via Légifrance.
Le film s’inscrit dans une tendance du cinéma français à relire les grandes affaires sociales à hauteur humaine. Ici, la reconstitution judiciaire ne se limite pas au prétoire : elle cherche aussi à montrer le poids du regard social, la solitude des femmes confrontées à la loi et la difficulté de transformer une situation personnelle en cause publique. La présence de Charlotte Gainsbourg donne à Gisèle Halimi une autorité contenue, tandis que Cécile de France compose une figure maternelle travaillée par la peur, la dignité et la nécessité d’agir.
La force de L’Affaire Marie-Claire réside dans sa manière de restituer une condition féminine contrainte par les normes, la morale et l’institution judiciaire. Les réalisateurs privilégient une approche lisible, accessible, parfois au risque d’une écriture appuyée. Certaines maladresses affleurent dans la construction dramatique, mais elles n’effacent pas la précision du propos central : rappeler ce que signifiait, concrètement, l’absence de droits reproductifs pour les femmes, en particulier les plus jeunes et les plus vulnérables.
Cette adaptation arrive dans un contexte où les droits des femmes demeurent au cœur des débats publics, en France comme ailleurs. Sans transformer son sujet en démonstration, le film rappelle que le procès de Bobigny ne fut pas seulement une audience marquante, mais un tournant culturel et politique. En ramenant Marie-Claire, Michèle Chevalier et Gisèle Halimi au centre du récit, il donne à voir une histoire de justice dont l’écho dépasse largement son époque.

