Une grande majorité de pays ont décliné leurs objectifs de réduction des gaz à effet de serre
Ainsi, petit à petit, les Etats apportent au secrétariat de la Convention sur le climat leur « contribution déterminée au niveau national » (CDN). Ce document liste les actions qui seront entreprises dans les cinq années suivantes pour réduire les émissions secteurs par secteurs soit l’énergie, l’industrie, l’habitat, les transports, les déchets et l’agriculture. Au 3 juin 2026,136 pays avaient ainsi remis leur objectif à 2035 (dont les Etats-Unis avant l’élection de Donald Trump) et 58 sont en retard. Ces NDC dessinent des trajectoires de sortie des énergies fossiles. Cette transition énergétique est désormais au cœur des négociations et sera l’un des gros sujets de la session de Bonn puis de la COP31. A Belem, les Etats n’avaient pu s’accorder sur une définition commune de cette transition ainsi que de la stratégie à adopter. Une cinquantaine d’Etats volontaires pour hâter l’abandon du pétrole, du gaz et du charbon se sont réunis à Santa Marta (Colombie) les 28 et 29 avril en Colombie pour examiner la façon d’orchestrer cette décarbonation des activités humaines.
A Bonn, les participants pourront ainsi se pencher sur un cas d’école : le plan de sortie du pétrole d’un géant africain dont les revenus dépendent à 72% du pétrole, le Nigéria. Cette étude publiée début juin examine la façon de diversifier l’économie vers des activités compatibles avec l’urgence climatique et qui fournissent une croissance riche en emplois. Déploiement des énergies renouvelables, promotion de secteurs économiques tels que les services, l’éducation, la santé, les télécommunications, les assurances, permettent, selon ce travail de modélisation, une sortie des énergies fossiles d’ici le milieu du XXIème siècle. La fiscalité avec notamment la fin des aides à l’industrie pétrolière, une taxation de l’essence et un une réforme de la TVA est considéré comme des outils essentiels. Le Nigeria a déjà entamé des réformes économiques pour diversifier ses revenus.
Passer à l’action concrète
La COP30 et les suivantes vont acter un changement radical des négociations climat. Entre 2015 et 2025, les Etats ont construit le cadre juridique de l’action climatique. Désormais, c’est le temps de l’action, proclamé par le Brésil. « L’attention devrait désormais se porter sur des questions concrètes : là où les politiques commerciales et climatiques se renforcent mutuellement, là où des obstacles persistent, et sur la manière dont la coopération peut aider les pays à tirer parti des retombées économiques de la transition. Cela reflète un changement plus profond de la diplomatie climatique : passer de la négociation d’engagements à l’identification et la levée des obstacles à la mise en œuvre », écrit Marta Torres Gunfaus.
C’est ce que proclament les présidents de la COP31 dans leur premier courrier envoyé aux Etats le 20 mai 2026 mettant en avant la « COP de l’avenir ». Le « président désigné » turc Murat Kurum et le « président des négociations », l’australien Chris Bowen y proclament que « la COP31 placera la mise en œuvre au centre de son agenda, en encourageant les parties à mettre en avant la coopération, l’investissement et l’action concrète à travers une approche inclusive et constructive, tout en favorisant la construction de consensus ». Les co-présidents annoncent d’ores et déjà que leurs priorités porteront sur l’électrification et la transition énergétique, l’économie circulaire et le « zéro déchet », la construction de villes et d’infrastructures résilientes, une agriculture et un système alimentaire soutenable, l’industrie verte, la transformation de la finance climat, la résilience de régions vulnérables et des écosystèmes.
Une négociation qui inclut désormais la société civile
La méthode a été développée lors du colloque de démarrage de la COP31 à Istanbul (Turquie) le 13 février 2026. « La COP31 établira une plateforme de consultation où les gouvernements, le secteur privé, les villes, la jeunesse et la société civile seront entendu à égalité et où les diverses responsabilités seront reconnues », clame le communiqué final. Les COP prochaines ne devraient donc plus fonctionner sur une coupure nette entre les négociateurs et la société civile.
Si le multilatéralisme climatique résiste aussi bien aux assauts des nationalismes, c’est vraisemblablement pour deux raisons principales : les crises énergétiques à répétition et les désastres provoqués par des évènements météo extrêmes. Après un premier choc en 2022 avec le début de la guerre en Ukraine, le conflit entre les Etats-Unis, Israël et l’Iran a fait exploser le cours du baril de pétrole. La plupart des pays développés dont la France a répondu par des plans de sobriété et une accélération de l’électrification des usages. Ces évènements géopolitiques ont mis en exergue la fragilité et l’injustice du système énergétique actuel. Selon le cabinet d’études britannique Ember, 74% de la population mondiale vit dans des pays importateurs net de pétrole, de gaz et de charbon. « Alors qu’importer un panneau solaire a un coût unique, importer des carburants fossiles a un coût récurrent. Un dollar dépensé dans un panneau solaire importé permet d’économiser un dollar par an d’importation de gaz pour générer la même quantité d’électricité », argue Ember.
Le changement climatique coûte de plus en plus cher
Les évènements extrêmes, eux, commencent à coûter énormément d’argent aux Etats et aux assureurs. En 2025, le coût total des catastrophes climatiques s’est élevé à 193 milliards d’euros selon Münich Re, le réassureur des compagnies d’assurances. C’est 40% de moins qu’en 2024 mais c’est uniquement parce qu’il n’y a pas eu d’ouragans sur la côte est des Etats-Unis. Cependant, les assureurs mettent en garde contre les dégâts croissants notamment contre les infrastructures. Ce risque a été longuement abordé dans le communiqué des ministres des Finances du G7 le 19 mai 2026. Créé en février 2026, la « coalition des ministres des finances pour l’action climatique » réunit désormais une centaine de « grands argentiers » préoccupés par les dégâts occasionnés par les canicules, inondations, tempêtes de plus en plus nombreuses et intenses.
La « COP de l’avenir » entend donc bien prolonger une action climatique qui se renforce malgré les vents contraires. Il reste cependant que les deux pays hôtes ont des préoccupations domestiques qui risquent d’entacher leur crédibilité. En Australie, le gouvernement travailliste d’Anthony Albanese fait face à la montée d’un parti d’extrême-droite ouvertement climato-négationniste et la COP31 se déroulera en novembre à quelques mois d’élections législatives turques où le pouvoir en place met tout en œuvre pour éliminer son opposition.
La COP31 sous l’égide de Göbekli Tepe
Pour la première fois, une conférence des parties (COP) sera placée sous le signe d’un site archéologique. Göbekli Tepe est situé dans le sud de la Turquie, une région marquée par de nombreuses gisements du néolithique. Göbekli Tepe est cependant particulier puisque les bâtiments qu’ils recèlent datent de 12 000 à 10 000 ans. Ils sont antérieurs à l’invention de l’agriculture et sont donc l’œuvre de tribus de chasseurs-cueilleurs. Le site est connu pour ses piliers monumentaux en forme de T dessinant des structures circulaires. Ces piliers comportent des sculptures en bas-reliefs figurant uniquement des animaux sauvages et aucun domestique. Un temps décrit par les archéologues comme « le premier temple », Göbekli Tepe n’est cependant pas un site religieux mais plutôt une agora où les hommes se réunissaient et banquetaient. Le lieu ne comporte d’ailleurs pas de maisons d’habitation. Un symbole idoine donc pour une conférence sur le climat.
Source:
www.sciencesetavenir.fr

