Avec Lucie de Lammermoor, de Gaetano Donizetti, l’avant-dernière production de l’Opéra-Comique remet sur le plateau un opéra qui y figura longtemps avant de quasi disparaître. La version française de Lucia di Lammermoor, adaptée en 1839 au goût parisien, suit le destin tragique de la jeune fille contrainte, au détriment de son amour, d’épouser l’homme fortuné qui sauvera sa famille de la ruine. Mais elle se démarque de la version originale en italien (1835) par un réajustement dans le goût de l’opéra-comique français : concision dramaturgique, orchestre plus incisif, prosodie adaptée à la langue française dans un style éminemment moins belcantiste.
Certains passages sont condensés, d’autres supprimés, tandis que la fameuse « scène de folie » de Lucie s’adoucit. On se souvient cependant de l’incandescente interprétation qu’en livrèrent Natalie Dessay et Roberto Alagna à l’Opéra de Lyon en janvier 2002 sous la direction d’Evelino Pido, unique enregistrement disponible à ce jour, chez Erato, de la version française.
Dans un lourd décor dressé sur une tournette, le metteur en scène kazakh Evgeny Titov a érigé comme une tour centrale autour de laquelle se lovent les pièces et alcôves d’un château aussi labyrinthique qu’étouffant. C’est dans ce lieu unique aux hauts murs verts tapissés façon Art déco, ponctués de trophées de cervidés, que se déroulent les épisodes du drame. Titov n’a pas sacrifié au patriarcat débridé, qui livre une femme nue enchaînée aux désirs orgiaques de prédateurs. Lucie écorchera en retour son époux, tel un gibier suspendu sanguinolent, auquel elle a arraché le cœur.
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Source:
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