Candice DeLong n’avait pas prévu de passer sa carrière à interviewer des tueurs. La septuagénaire a commencé comme infirmière psychiatrique, soignant des patients à l’hôpital universitaire Northwestern de Chicago, sa ville natale. Un jour, un agent du FBI assistant à l’une de ses conférences lui suggère de rejoindre le bureau.
DeLong intègre le FBI à 30 ans et consacre les vingt années suivantes à enquêter sur les crimes violents en tant que «profileuse», dressant le portrait des délinquants, puis de tueurs. Devenue présentatrice de télévision et autrice, elle interrogera pendant de nombreuses années des dizaines de meurtriers condamnés.
Ce parcours atypique a façonné sa vision de la criminalité violente, explique un article de Business Insider. Ses années comme infirmière psychiatrique lui ont appris à comprendre les maladies mentales graves avant même de porter un badge. Une fois intégrée au FBI, elle a ensuite participé à des enquêtes majeures, dont l’opération visant à arrêter Ted Kaczynski, l’Unabomber.
Elle affirme que ses décennies d’expérience lui ont permis de distinguer un trait de caractère qui sépare systématiquement les tueurs les plus dangereux des autres: ils ne ressentent pas la culpabilité qui freine la plupart des gens. «Je n’ai jamais interviewé ni étudié de tueur en série qui ne soit pas un psychopathe» analyse-t-elle.
L’enfance à la source de tous les maux?
DeLong fait toutefois attention à bien distinguer la psychopathie de la psychose. Une personne psychotique peut perdre le contact avec la réalité via des hallucinations ou des délires, tandis qu’un psychopathe comprend ce qu’il fait mais manque de remords et d’empathie. Ce détachement émotionnel permet aux tueurs en série de répéter leurs méfaits; certains revisitant même les scènes de crime ou conservant des souvenirs des victimes pour revivre l’expérience a posteriori.
Beaucoup de meurtriers ont vécu des enfances traumatisantes (négligence, violences physiques ou sexuelles), mais ces expériences n’expliquent pas à elles seules qui devient tueur en série. La différence majeure, selon DeLong, réside dans ce qui se passe après le premier meurtre: si le tueur échappe à la capture ou en tire un bénéfice, ce «succès» renforce le comportement et abaisse son anxiété, le convaincant qu’il peut recommencer.
Au fil des ans, une leçon est restée gravée chez DeLong: «Le tueur moyen en prison n’est pas un enragé l’écume aux lèvres; ce ne sont pas des monstres en tant que tels.» Elle estime pourtant que certains délinquants ne devraient jamais être libérés, même à un grand âge, car rien ne garantit qu’ils ne tueront pas à nouveau s’ils en ont l’occasion.
Le danger persistant des tueurs en série tient moins à une folie spectaculaire –comme nous l’a parfois décrite la fiction– qu’à une absence de culpabilité couplée à un apprentissage par la «réussite» criminelle: chaque meurtre impuni renforce la conviction du tueur qu’il pourra recommencer, transformant un meurtrier en serial killer.
Source:
www.slate.fr

