Le navire de croisière MV Hondius

La suspicion d’une transmission interhumaine d’hantavirus à bord d’un navire de croisière néerlandais actuellement bloqué au Cap-Vert attire l’attention des autorités sanitaires internationales. Trois décès ont été rapportés, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) évoque désormais une possible propagation entre personnes, un phénomène considéré comme rare pour ce type de virus.

Selon Maria Van Kerkhove, directrice par intérim du département de prévention et préparation aux épidémies et pandémies de l’OMS, la chronologie des cas suggère que les personnes infectées auraient contracté le virus avant leur embarquement. La période d’incubation des hantavirus, comprise entre une et six semaines, appuie cette hypothèse. Toutefois, des cas survenus parmi des individus en contact étroit laissent envisager une transmission interhumaine, actuellement à l’étude. Le séquençage du virus en cours devrait permettre d’identifier précisément la souche en cause.

Des virus transmis par les rongeurs

Les hantavirus constituent une famille de virus présents dans le monde entier, notamment en Europe. Ils sont hébergés naturellement par certains rongeurs, comme les rats et les souris, qui excrètent le virus dans leur salive, leurs urines et leurs déjections. En France, le ministère de la Santé identifie notamment quatre types impliqués dans des infections humaines : Puumala, Hantaan, Séoul et Sin Nombre.

La contamination humaine survient le plus souvent par inhalation de particules virales en suspension dans l’air, issues d’excrétions de rongeurs. Plus rarement, l’infection peut se produire par contact avec une peau lésée, ingestion d’aliments contaminés ou encore morsures.

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Des formes cliniques potentiellement graves

Les hantavirus peuvent provoquer deux types principaux de maladies chez l’humain.

La fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR), présente notamment en Europe, affecte les reins et le foie. Elle débute généralement une à deux semaines après l’exposition, avec des symptômes non spécifiques (fièvre, céphalées, douleurs abdominales et dorsales), pouvant évoluer vers une hypotension, des hémorragies internes et une insuffisance rénale aiguë. La mortalité varie selon la souche virale, mais reste le plus souvent faible, certaines formes étant bénignes voire asymptomatiques.

Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), plus sévère, se manifeste une à huit semaines après l’infection. Après une phase initiale pseudo-grippale (fièvre, fatigue, douleurs musculaires), il évolue vers une atteinte respiratoire aiguë, avec accumulation de liquide dans les poumons. Environ 38% des patients développant des symptômes respiratoires en meurent.

Une prise en charge uniquement symptomatique

À ce jour, il n’existe pas de traitement antiviral spécifique contre les hantavirus. La prise en charge repose sur des soins de soutien : repos, hydratation et traitement des symptômes. Dans les formes graves, une hospitalisation en soins intensifs peut être nécessaire. Les patients atteints du syndrome pulmonaire peuvent nécessiter une assistance respiratoire, tandis que ceux souffrant de FHSR peuvent avoir recours à la dialyse en cas d’insuffisance rénale.

Dans ce contexte, l’épisode du navire de croisière soulève des questions importantes sur les modalités de transmission de ces virus et rappelle la nécessité d’une surveillance étroite des zoonoses, à l’interface entre santé humaine et environnement.


Source:

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