Pour les 25 ans de The Last Five Years, le compositeur Jason Robert Brown et le duo Ben Platt / Rachel Zegler confient à Rolling Stone que cet enregistrement est un rêve devenu réalité.
Il y a toujours deux versions d’une histoire. Dans la comédie musicale The Last Five Years, le public a l’occasion rare de les entendre toutes les deux.
Écrite par Jason Robert Brown, lauréat du Tony Award, The Last Five Years suit Jamie Wellerstein et Cathy Hiatt, un romancier et une comédienne qui se marient au milieu de leur vingtaine, et les tensions autour du succès, de la maturité et du désir qui finiront par faire exploser leur mariage. À travers 14 chansons, le couple traverse les moments-clés de sa relation : le premier rendez-vous, la première dispute, le doute, les disputes, le jour du mariage, la tension qui monte, jusqu’au jour du divorce. Mais la version de Jamie est racontée dans l’ordre chronologique, tandis que Cathy, elle, rembobine l’histoire à partir de la rupture.
The Last Five Years a défini une époque de Broadway avant même d’y poser le pied. Après sa création off-Broadway en 2002, le spectacle a gagné en popularité essentiellement grâce à son album studio. Pour les stars actuelles du théâtre musical — celles de la génération millennial et de la gen Z — The Last Five Years a longtemps été une baleine blanche : peu de gens l’avaient vu, mais tout le monde en connaissait la musique. Après le long travail souterrain d’une reprise off-Broadway puis off-West End, et un film en 2014 avec Jeremy Jordan et Anna Kendrick (Les Cinq Dernières Années), la comédie musicale a fait ses débuts officiels à Broadway en 2025. The Last Five Years est aujourd’hui un passage obligé des auditions, un sujet de conversation adoré, un rôle de rêve. Et maintenant, c’est aussi un nouvel album.
Sorti aujourd’hui, The Last Five Years (25th Anniversary Live at the London Palladium) a été enregistré lors de la résidence événement, à guichets fermés, de la comédie musicale au Palladium de Londres en mars. Le concert met en scène Ben Platt et Rachel Zegler, avec Brown dans un double rôle de compositeur et de metteur en scène, au piano.
Que deux immenses stars revisitent un classique culte du théâtre évoque déjà un rêve de super-fan de Broadway. Mais Brown, Zegler et Platt confient à Rolling Stone que cette version concert de The Last Five Years a été leur propre rêve.
« Cet enregistrement se veut capter non seulement la partition, mais l’événement en lui-même. C’est un défi amusant pour moi, au mixage, de m’assurer qu’il garde à la fois l’intimité qu’exige la pièce et la grandeur de ces salles où nous avons joué », explique Brown à Rolling Stone. « Mais à un niveau personnel, je suis tout simplement heureux d’en avoir une trace. Parce que [Ben et Rachel] chantent à tomber par terre. »
Comédien lauréat d’un Emmy, d’un Grammy et d’un Tony, Platt voit dans The Last Five Years une pièce essentielle du canon du théâtre musical, qu’il se souvient lui-même avoir chantée en cours et en audition quand il était ado. (Platt avait déjà travaillé avec Brown sur la reprise nommée aux Tony de Parade.) « J’ai toujours senti que j’avais beaucoup de points communs avec Jamie. Moi aussi j’ai quitté Columbia [University], et moi aussi je ne le regrette pas », glisse-t-il — clin d’œil à la ballade de Jamie sur le succès, Moving Too Fast. « Dans le paysage actuel du théâtre musical, il est compliqué de trouver quelque chose d’aussi dense musicalement et texturellement que ce récit. C’est un vrai cadeau. »
« Ben aurait dû le jouer depuis le début », plaisante Brown. « Ben aurait dû le faire à sa sortie du ventre de sa mère. »
Mais la structure de The Last Five Years — un duo corrosif — rend le choix de Cathy délicat. Brown raconte qu’avec Platt, ils avaient tous les deux pensé à proposer le rôle à Zegler, mais étaient persuadés que son planning l’empêcherait de dire oui.
« Je suis occupée, [mais] je ne me refuserais jamais l’opportunité de travailler avec mes héros », confie Zegler à Rolling Stone. « Jason Robert Brown a mis en musique tous les chagrins d’amour que je pensais comprendre quand j’étais plus jeune. J’étais subjuguée. Je me souviens d’avoir appelé mes agents en leur disant : « Je ferais n’importe quoi juste pour être dans la pièce. » »
Brown, Platt et Zegler ont donné le concert au Palladium de Londres à guichets fermés du 24 au 29 mars. Face à la vague d’intérêt, trois dates supplémentaires ont été programmées : une au Hollywood Bowl et deux soirs au Radio City Music Hall. La partition utilise une orchestration élargie, inaugurée pour le run Broadway 2025, avec davantage de cordes et de percussions. Mais la magie vient du format concert, minimal, qui place toute la lumière sur les voix de Platt et Zegler. Et si la relation de Jamie et Cathy est conflictuelle et tendue, impossible, en coulisses, de faire taire le duo sur leur admiration mutuelle.
« Ça peut être un spectacle très solitaire. Je me suis sentie tellement reconnaissante de l’avoir [Ben] à mes côtés », raconte Zegler. « Je pouvais rester assise à l’écouter chanter l’alphabet à l’envers et être captivée. Alors l’idée de me changer en coulisses pendant qu’il enchaînait « Schmuel Song » me donne l’impression d’avoir gagné au loto de la vie. C’est mon ex-mari pour la vie. »
Platt voit lui aussi dans cette camaraderie un élément indispensable des concerts. « C’est une expérience fusionnelle. C’est une pièce difficile et un peu solitaire, parce qu’on a beau former une équipe, je ne la croise vraiment sur scène qu’à quelques reprises, et on ne chante vraiment ensemble qu’une seule fois », ajoute-t-il. « Du coup, cette forme de sécurité et de protection non dite a été un catalyseur très puissant pour qu’on se sente proches. Elle est la vraie classe, avec un grand C. »
Une partie de la fascination qu’exerce The Last Five Years vient aussi des racines très personnelles du récit. Brown avait calqué la relation de Jamie et Cathy sur son propre divorce. Vingt-cinq ans plus tard, le compositeur confie à Rolling Stone être surpris par l’effet que la pièce lui fait encore aujourd’hui.
« En vieillissant, on abandonne des morceaux de soi en chemin. On n’en a pas conscience au moment où l’on écrit. Et c’est ce qui rend la chose belle : cette photo parfaite de celui que tu étais à un certain âge continue de grandir, mais pas comme toi », dit-il. « Il y a une quinzaine d’années, j’ai pris conscience que l’histoire ne me semblait plus douloureuse à regarder. Je suis devenu beaucoup plus compatissant envers les personnages. »
« C’est un endroit très agréable d’où mettre en scène le spectacle », poursuit Brown. « Un endroit où l’on comprend vraiment que ce n’était pas fait pour durer. C’est douloureux sur le moment, mais Dieu vous bénisse d’avoir cru que vous étiez faits l’un pour l’autre. Le monde a besoin de gens prêts à prendre de tels risques à deux, alors je suis content qu’ils l’aient fait. Mais bon sang, qu’est-ce que ça fait mal à la fin. »
Par CT JonesTraduit par la rédaction.
Source:
www.rollingstone.fr
