La Chine s039installe en Crimee doucement mais surement

L’intérêt des investisseurs chinois pour la Crimée, de plus en plus affirmé, ne date ni de l’annexion de la péninsule par le Kremlin ni de l’invasion russe en Ukraine qui a débuté il y a plus de quatre ans. Comme le rappelle le média indépendant russe The Insider, un projet ukraino-chinois a été signé dès décembre 2013 et portait sur la construction d’un port en eau profonde, ainsi que sur la participation de Pékin à la reconstruction du port de pêche de Sébastopol (sud de la Crimée).

À cette période, certains experts ukrainiens estimaient déjà que ce partenariat n’était que la première étape d’un vaste plan d’expansion prévu par la Chine, intéressée par le potentiel agricole ukrainien. Mais le mouvement de protestation de Maïdan, la fuite de Viktor Ianoukovytch (président ukrainien de 2010 à 2014) et l’intervention russe en Crimée ont finalement eu raison du projet.

Intérêts multiples

De 2014 à 2022, les médias russes ont régulièrement fait état du désir des entreprises chinoises de participer à des projets d’infrastructures sur la péninsule criméenne. Pourtant, aucun ne s’est concrétisé. Ce n’est qu’à la suite de l’offensive russe en Ukraine que l’empire du Milieu a pu jeter plus efficacement son dévolu sur la Crimée. Dès novembre 2023, le Washington Post rapportait par exemple l’existence de pourparlers russo-chinois en vue de construire un tunnel de transport sous le détroit de Kertch, à l’ouest de la péninsule. Pékin et Moscou avaient alors démenti.

Depuis, les interactions entre la Chine et l’Ukraine, pas toujours consenties par Kiev, n’ont cessé de se multiplier, à l’image des irruptions multiples du navire Heng Yang 9, battant pavillon panaméen appartenant à une société chinoise, dans le port de Sébastopol. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères n’avait d’ailleurs pas manqué de protester auprès des autorités chinoises.

Restant prudente par crainte de sanctions internationales, la Chine ne se précipite pas pour investir ouvertement dans les infrastructures de la Crimée annexée. Elle affirme toutefois avec insistance son intérêt pour cette péninsule. D’après certains observateurs, il est possible qu’elle coopère déjà secrètement avec la Russie dans le bassin de la mer Noire.

L’expansion chinoise en territoire ukrainien occupé par la Russie n’a pas encore atteint une ampleur considérable. Toutefois, «la Chine observe la situation de près», indique un responsable de la république séparatiste de Louhansk. Un nombre croissant d’entreprises chinoises s’implantent dans les territoires occupés, tissant des liens avec les élites locales.

Les motivations de Pékin sont à la fois géopolitiques –la Crimée joue un rôle clé dans la région de la mer Noire, tandis que le sud-est de l’Ukraine constitue une tête de pont stratégique pour l’expansion vers l’Europe de l’Est– et économiques, la moitié des gisements de terres rares ukrainiennes se situant dans des zones occupées par la Russie. The Insider voit également cela comme un test grandeur nature mené par la Chine face aux sanctions internationales: les entreprises privées sonderaient le terrain en prévision de la potentielle arrivée de géants industriels soutenus par l’État chinois.


Source:

www.slate.fr