Après le succès de l’OM contre Rennes en Ligue 1 (3-1), synonyme de qualification pour la Ligue Europa, Medhi Benatia s’est présenté devant les journalistes en zone mixte. Pendant 23 minutes, le directeur du football marseillais a tiré le bilan de son aventure olympienne. Sans jamais perdre son franc-parler.
La dernière zone mixte en tant que directeur du football de l’Olympique de Marseille pour Medhi Benatia. Et il en a profité. Juste après la victoire de l’OM contre Rennes lors de la dernière journée de Ligue 1 (3-1), celui qui doit quitter ses fonctions dans les prochains jours s’est présenté pendant plus de vingt minutes devant la presse. L’occasion pour lui de tirer un bilan complet d’une saison très riche en rebondissements, des grandes ambitions d’automne au départ de Roberto De Zerbi en passant par sa propre démission repoussée de quelques mois.
Sur la rencontre face à Rennes, qui acte une qualification en Ligue Europa en 2026-2027, Medhi Benatia s’est montré satisfait. « On a essayé de finir sur une bonne note. Ça vaut ce que ça vaut mais c’est quand même une qualification en Ligue Europa », a-t-il souligné, même si cela génère de la frustration. « Dans une saison aussi catastrophique, on finit à deux points du podium. Ça laisse pas mal de regrets. C’est à l’image de ce qu’on a produit cette saison, on a été trop irrégulier pour espérer mieux. »
Un trop-plein de « honte accumulée » pour Benatia
C’est cette « irrégularité » qui l’a poussé à plusieurs reprises à faire des sorties médiatiques très commentées. « Le mal de cette saison, c’est l’irrégularité. Quand tu rencontres des difficultés, tu as toujours deux, trois leaders qui prennent les choses en main et vont permettre de te remettre sur les rails », a-t-il regretté. « Malheureusement, on a essayé de mettre ça en place, de le corriger. On n’a pas réussi. C’est le plus gros échec pour moi. » D’où le sentiment de « gros gâchis ». « Je ne sais pas ce qu’il aurait fallu faire pour avoir le comportement d’une équipe comme Lens, qui se bat jusqu’au bout. Si on l’avait eu, on serait largement sur le podium. »
Arrivé à l’OM en novembre 2023, Medhi Benatia va quitter son poste alors qu’il avait posé sa démission en février avant d’accepter de finir la saison à la demande du propriétaire américain du club Frank McCourt. L’élimination en Ligue des champions après une déroute face à Bruges (3-0) ou une nouvelle humiliation contre le rival parisien en Ligue 1 (5-0) ont fait basculer la saison marseillaise dans le chaos et privé les dirigeants de solutions. « Quand tu portes ce maillot, tu dois savoir que tu ne peux pas faire ce genre de prestation », a une nouvelle fois insisté l’ancien défenseur de 39 ans. « Tu dois toujours donner un minimum dans la performance et on ne l’a pas fait. Certains vont dire que c’est parce que j’ai annoncé ma démission en février, que Roberto (De Zerbi) n’était plus… Ce n’est pas vrai. »
D’ailleurs, Medhi Benatia est revenu sur le départ du technicien italien, avec qui il partageait la même philosophie du football et de la mobilisation d’un vestiaire. « Roberto disait: ‘Si nous deux, on n’arrive pas à donner à l’équipe plus de passion, plus de sang, personne n’y arrivera.’ On n’a pas réussi à avoir ce supplément d’âme, ce qui a donné des résultats catastrophiques et mes sorties que je ne regrette pas. »
Et d’ajouter sur l’ancien coach de l’OM: « Beaucoup de choses n’ont pas été dites. Roberto est parti alors qu’il était très attaché à l’OM. Je sais ce qu’il ressentait quand il rentrait dans ce stade. J’ai mangé chez lui à Aix, dix ou quinze jours avant que ça tourne mal. S’il n’a pas pris le temps de s’exprimer, c’est qu’il en a gros sur la patate. Je le comprends, ça n’a pas été facile. » S’il devait partir en même temps que lui, Medhi Benatia a choisi de rester à la demande du propriétaire américain. « Je réponds toujours de mes erreurs, de mon bilan, toujours la tête haute », a-t-il assumé. Avant d’envoyer un tacle les deux pieds décollés: « Je suis venu au stade. Je n’ai pas fait comme Kita aujourd’hui, je ne suis pas resté à la maison. Je ne me cache jamais. Roberto est quelqu’un qui mérite que l’on éclaircisse les choses. »
Lorenzi adoubé et du repos bien mérité
Pourtant, Medhi Benatia était bien décidé à quitter le club en février à cause d’un trop-plein de « honte accumulée ». « Pour moi, c’était trop, beaucoup trop. Je devais prendre mes responsabilités », a-t-il assuré. Le dirigeant a alors livré une anecdote concernant un échange avec plusieurs joueurs expérimentés du vestiaire phocéen. « J’avais rencontré les leaders pendant le stage à Clairefontaine, après Bruges. J’ai dit aux gars: ‘Quand on joue comme vous à Bruges, je vous le dis, j’ai un petit peu d’expérience, c’est qu’on est contre quelqu’un. Soit vous êtes contre le coach et vous n’osez pas me le dire, connaissant ma relation avec Roberto… Mais les gars, c’est mon boulot. S’il faut le sortir, j’en parlerai avec Pablo (Longoria) et on le sortira. Soit vous en avez contre le président, dans ce cas il faut me le dire, ce sera compliqué mais on fera remonter le message. Soit c’est contre moi. Si c’est ça, je suis prêt à démissionner demain pour le bien du club.’ Il y avait ‘Auba’, Hojbjerg, Leo (Balerdi), il était 1h du matin. ‘Les gars, dites-moi juste comment c’est possible de jouer comme ça, de ne pas aller au combat, dans le duel… Expliquez-moi, j’ai besoin de savoir. Le coach ne comprend pas non plus, il est perdu’. Et là ils m’ont tous dit: ‘Non, non. On n’a rien contre personne…' »
Tous ces soubresauts n’enlèvent pas l’attachement de Medhi Benatia pour l’OM à qui il souhaite le meilleur la saison prochaine, en espérant « aller chercher » la Ligue Europa. Avec Grégory Lorenzi comme successeur? « Aucune idée », a-t-il rétorqué. « J’ai entendu des choses. Si c’est lui, je serai très content pour lui et le club. Pour moi, c’est quelqu’un qui s’est fait dans un club où les moyens sont réduits, c’est plus compliqué. Il a montré de très belles choses (…) Si c’est lui, je lui souhaite beaucoup de réussite, beaucoup de patience, parce qu’il en faut, et j’espère qu’il restera droit dans ses bottes, comme il l’a fait en Bretagne, qu’il viendra avec son sang corse et qu’il ne fera pas de demi-mesure comme on aime faire ici, quand on se fait prendre par le contexte. »
De son côté, l’ex-joueur du Bayern Munich ou de la Juventus va prendre du temps pour lui avant de se lancer dans un prochain défi. « Je vais prendre le temps de me reposer, je ne sais pas si je vais repartir sur autre chose. Je trouverai le temps de m’exprimer », a-t-il promis.
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rmcsport.bfmtv.com
