Dans l’imaginaire collectif, le fossile ressemble généralement à une sorte de mollusque en forme d’escargot, rayé et ayant vécu dans la mer. Il serait bloqué dans une carapace de pierre depuis une éternité. Au-delà de cet aspect peu esthétique, les fossiles, qui restent souvent les derniers indices d’animaux disparus depuis des millions d’années, permettent d’en apprendre davantage sur la faune de l’ère secondaire.

Mais parfois, certains fossiles ressemblent surtout à une scène de crime. Celui qui intéresse le Smithsonian magazine est même un véritable dossier d’enquête: il s’agit d’un reptile volant dévoré par un reptile marin, lui-même attaqué par un autre prédateur encore plus imposant. La double attaque n’a duré que quelques minutes. Cette trace exceptionnelle en dit long sur le régime alimentaire des reptiles disparus et date d’il y a près de 100 millions d’années, comme l’indique l’étude sur le sujet publiée dans la revue Gondwana Research.

L’histoire débute dans ce qui est aujourd’hui l’arrière-pays du Queensland, en Australie. Difficile d’imaginer qu’au Crétacé inférieur –la période qui s’étend de 145 à 105 millions d’années avant notre ère– près d’un tiers du territoire australien était recouvert par la mer d’Eromanga. Y évoluaient alors poissons, céphalopodes ainsi que de gigantesques reptiles marins, comme l’ont confirmé les restes retrouvés. Dans ces eaux, un ichthyosaure, ce prédateur hybride au croisement du dauphin et du crocodile, a probablement attrapé un ptérosaure (un reptile volant que les scientifiques ne considèrent ni comme un dinosaure, ni comme un oiseau).

Une double attaque meurtrière

La situation est déjà inhabituelle: les ptérosaures passaient l’essentiel de leur temps dans les airs. Les chercheurs imaginent que l’animal a pu être happé lorsqu’il plongeait pour attraper un poisson. Autre possibilité: l’ichthyosaure serait simplement tombé sur la carcasse flottant à la surface. Dans les deux cas, il s’agit du premier témoignage fossile d’un ptérosaure mangé par un ichthyosaure.

Le plaisir n’aura été que de courte durée pour le chasseur puisqu’il est devenu à son tour une proie. Les os fossilisés présentent des vertèbres éclatées, des côtes manquantes et d’impressionnantes marques de morsure. Pour Matt White, auteur principal de l’étude et paléontologue à l’université de Nouvelle-Angleterre en Australie, un seul animal pouvait infliger de telles blessures au reptile marin: le pliosaure, un superprédateur de plusieurs tonnes, souvent surnommé le T. rex des océans. «Il s’agit en quelque sorte d’une scène de crime impliquant des reptiles marins», souligne le chercheur.

Le scénario est reconstitué 

Après l’attaque, la carcasse mutilée de l’ichthyosaure aurait coulé vers les fonds marins, où elle a rapidement été ensevelie dans la vase. Cette sédimentation rapide explique son état de conservation.

L’ensemble de cette découverte n’est qu’un enchaînement de surprises. En 2019, quatre amateurs de fossiles mettent au jour plusieurs gros os sur un site de fouilles accessible au public près de Richmond, au nord-est de l’Australie. Les restes sont confiés au musée local. Trois ans plus tard, Kevin Petersen, conservateur du musée, retourne sur place et découvre le reste du squelette. Les chercheurs ont sous leurs yeux un ichthyosaure de près de 7 mètres de long.

À proximité du crâne, les scientifiques ont repéré plusieurs masses sphériques énigmatiques. L’imagerie 3D a révélé qu’elles contenaient des restes de poissons, de céphalopodes mais aussi quelques os de ptérosaure, contenus dans l’estomac.

Au-delà de l’anecdote spectaculaire, le fossile apporte de précieuses informations sur les écosystèmes marins du Crétacé. Il montre que les ichthyosaures avaient un régime alimentaire particulier, composé aussi bien de proies vivantes que d’animaux déjà morts.


Source:

www.slate.fr

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Par La Rédaction

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