C’est sur la scène du Bataclan que le groupe Meteor Airlines a célébré le 2 mai 2026 l’anniversaire de sa création. Un évènement organisé en France qui témoigne du tournant international pris à partir de 2024.
Cela peut sembler paradoxal pour Meteor Airlines, dont les racines sont profondément enfouies dans la terre ocre du désert du Maroc, d’avoir choisi de fêter ses 10 ans d’existence à Paris. Mais il n’y a rien de plus logique en réalité. D’abord, il fallait marquer le coup, montrer que la « fan base » s’élargit. « Le Bataclan est connu partout. Pour nous, c’est un grand exploit », argumente Ahmed Ennasiri, chanteur et compositeur du groupe.
Et puis, si Meteor Airlines puise dans les traditions amazighes, c’est pour mieux alimenter sa quête d’universalité, à la recherche du son qui sera la symbiose parfaite entre sa culture d’origine et ses influences modernes, rock avant tout. « C’est comme si on était dans un laboratoire, en train de créer quelque chose qu’on ne connait pas encore, décrit Ahmed Ennasiri. À chaque fois, on se dit qu’on s’en approche et c’est cet espoir qui nous aide à toujours donner davantage à la musique. »
Pas besoin de parler le tamazight, la langue amazighe, pour comprendre les paroles, les riffs de guitare et les rythmes transmettent le message essentiel. D’ailleurs, depuis 2024, Meteor Airlines multiplie les concerts à l’étranger, au Royaume-Uni, au Texas et en France.
Quelques jours avant sa dernière date au Bataclan le 2 mai 2026, c’est chez Rachid Ennassiri, au milieu des souvenirs du manager et poète, que nous rencontrons les membres du groupe. Sont accrochées aux murs de cet appartement cosy de Rabat, des photos personnelles où l’on aperçoit Rachid Ennassiri dans le sud-est marocain, entre Ouarzazate et Tinghir, région d’où est originaire Meteor Airlines et qui a inspiré jusqu’au choix de ce nom — une référence aux étoiles filantes dans le ciel du désert la nuit.
C’est précisément dans le village d’Ait Boubker que le groupe voit le jour en 2016, puis tout s’enchaîne rapidement. Un premier single « The Antidote » l’année suivante, un album South by Southeast en 2018.
Migration climatique
Dix ans plus tard, le groupe n’a plus du tout le même visage, certains membres sont partis, de nouveaux artistes ont intégré le projet. Rachid Ennassiri apparaît maintenant comme un pilier de Meteor Airlines. Il est arrivé en 2019 et avec lui, les premiers textes en amazigh. Il est l’auteur de la plupart des paroles de l’album Agdal sorti en 2024.
Entre son premier et son deuxième opus, le groupe a entamé une mue, produisant un son de plus en plus hybride. Le résultat, Agdal, est un ovni, une œuvre unique dans le paysage musical marocain qui met en avant des thèmes peu abordés comme l’écologie.
C’était un vieux rêve de Rachid Ennassiri, qui est aussi consultant en changement climatique. « J’ai toujours voulu valoriser les savoirs traditionnels amazighs, qui respectent l’environnement. La gestion de l’écosystème oasien, par exemple, qui a un lien direct avec l’être humain. Il y a plein de moyens de parler de ça, mais il n’y a pas mieux que la musique. » Bien avant la crise climatique à laquelle le monde fait face aujourd’hui, « les Amazighs ont toujours eu le souci de respecter les ressources naturelles ». Les chants des femmes parlent de la terre, de la pluie, de la sécheresse, détaille Rachid Ennassiri.
L’écologie des Amazighs n’est pas un concept abstrait, c’est un vécu qui se fonde sur un rapport intime à la nature et aux transformations qui l’affectent. « Les communautés amazighes sentent chaque jour l’évolution de leur environnement, la raréfaction de l’eau notamment. C’est un vrai challenge si elles veulent pouvoir rester dans leur région. Une région à laquelle elles sont connectées émotionnellement. »
Quitter sa terre, parce qu’elle est devenue inhospitalière, Rachid Ennassiri a écrit une chanson sur ce phénomène de la migration climatique « Layhnnik a Baba ». Meteor Airlines s’adresse à une jeunesse qui a dû abandonner sa région, parfois aussi pour des raisons socio-économiques.
Les membres du groupe se reconnaissent en elle, eux aussi sont partis pour faire progresser leur carrière. « On a la responsabilité de permettre à ceux qui ne sont plus dans leur région d’origine de conserver un lien avec elle, surtout lorsqu’ils se marient, qu’ils ont des enfants. La musique doit les rapprocher de leur culture. »
Diffuser l’identité amazighe
Pour autant, le groupe ne s’adresse pas seulement aux amazighophones. « Même quand il ne comprend pas les textes, il y a quelque chose qui parle au public très profondément. C’est vrai pour les Marocains mais aussi pour ceux venus d’ailleurs », assure Rachid Ennassiri.
Le meilleur exemple se trouve assis juste à côté du poète. Nabil Abbassi, un jeune guitariste de 18 ans, a intégré le groupe il y a quelques mois seulement. Il n’était pas, au début, très familier avec la culture amazighe, « même si tous les Marocains sont un peu rattachés à cette identité ». Parmi la jeunesse, beaucoup revendiquent aujourd’hui leur appartenance à ce peuple dont la constitution de 2011 reconnaît officiellement la langue comme patrimoine commun à l’ensemble des Marocains. « Dès les premières notes jouées avec le groupe, tout de suite j’ai senti mon côté amazigh ressortir. C’est quelque chose d’inexplicable, j’ai vraiment perçu une connexion avec cette musique, cet héritage. » Et même s’il a fallu faire vite, avant le concert au Bataclan, pour s’approprier le répertoire de Meteor Airlines, « ça n’a pas été si dur que ça, comme si c’était quelque chose qui dormait en [lui] ».
Aujourd’hui, le groupe s’auto-produit, non pas par choix, mais faute d’avoir trouvé la bonne structure, sensible à ce qu’il essaie de transmettre. C’est difficile, reconnait Ahmed Ennassiri, mais ça ne doit pas être un frein à la création. « Le manque d’argent n’empêche pas d’avancer. Même pour le visuel. Même pour ça, on a une solution. Pour nos clips, on filme au téléphone ! »
Après avoir célébré ses 10 ans de carrière, Meteor Airlines prépare déjà la suite. Un troisième album doit sortir bientôt, toujours basé sur la même philosophie : garder le lien avec la tradition, tout en la faisant évoluer par petites touches pour apporter quelque chose de résolument nouveau.
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Source:
www.rfi.fr
