Avec le retour de l’été et la hausse soudaine des températures, il y a au moins une espèce à qui la chaleur semble profiter. La mer Noire s’est en effet couverte de fascinantes arabesques bleu turquoise: un spectacle naturel qui se répète chaque année, si vaste qu’il est visible depuis l’espace, rapporte The Debrief.
Située à la frontière entre l’Europe et l’Asie, la mer Noire est reliée à la Méditerranée par une succession de détroits et de petites mers intérieures. Si sa surface apparaît généralement sombre, elle prend chaque printemps et au début de l’été une couleur bleu-vert spectaculaire, visible à des milliers de kilomètres.
Ces formations, dessinées par les courants marins, ont tout d’abord été notifiées par les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS) en mai dernier, avant d’être observées par le satellite PACE (Plankton, Aerosol, Cloud, Ocean Ecosystem) de la NASA, le 22 juin suivant. Dédiée à l’étude des phytoplanctons, des aérosols et des nuages, cette mission d’observation de la Terre lancée en 2024 permet de documenter, entre autres, la prolifération de ces micro-organismes marins, appelés coccolithophores.
Ces minuscules algues, invisibles à l’œil nu, possèdent une particularité: elles sont recouvertes de fines plaques de carbonate de calcium, les coccolithes, composante majeure retrouvée dans les coquillages ou la craie. Grâce à leur abondance et à leur présence dans les océans du monde entier, ces organismes sont responsables de près de la moitié de la production de calcaire marin. Lorsque leur nombre explose face à la hausse des températures, ces plaques réfléchissent fortement la lumière du Soleil, donnant à l’eau cette étonnante teinte turquoise.
Des conditions parfaites
Une étude menée en 2018 par l’Université de Californie a montré que cette espèce résistait relativement bien à l’acidification des océans, l’une des conséquences du réchauffement climatique. Si cet essor est favorisé par la hausse des températures, les coccolithophores dépendent également de l’apport en nutriments. En été, le réchauffement des eaux, combiné aux minéraux transportés par les rivières depuis les terres, offre des conditions idéales et un environnement propice à leur développement.
Au-delà de l’aspect esthétique, ces efflorescences possèdent un rôle essentiel dans la chaîne alimentaire, puisque certains petits poissons en consomment, mais aussi dans le cycle naturel du carbone de la planète. Grâce à la photosynthèse, ils captent du dioxyde de carbone (CO2) présent dans l’atmosphère. Lorsqu’ils meurent, une partie du carbone absorbé coule avec eux dans les fonds marins, où il peut rester stocké pendant de très longues périodes.
Le phénomène ne se limite pas à la mer Noire. Plus tôt cette année, une floraison similaire avait été observée au large de la côte est des États-Unis, où le réchauffement des eaux et l’arrivée de nutriments issus de la fonte des neiges avaient également favorisé le développement des coccolithophores.
Plus récemment, les eaux du Bosphore, détroit qui traverse Istanbul et relie la mer Noire à la mer de Marmara, se sont elles aussi teintées de turquoise.
Source:
www.slate.fr

