En Italie un condamne pour meurtre dort en prison depuis

Près de dix-neuf ans après le meurtre de Chiara Poggi, jeune diplômée en économie vivant à Garlasco (dans la région de Milan), l’homme condamné pour le crime en 2015 sera-t-il finalement blanchi grâce à l’apparition de nouveaux éléments dans l’affaire? C’est fort probable, relate The Guardian, qui explique qu’un suspect vient d’être convoqué pour être interrogé par les procureurs chargés de cet épineux dossier judiciaire.

Le 13 août 2007, Chiara Poggi était retrouvée morte à son domicile. Une enquête au long cours a fini par déboucher sur l’arrestation d’Alberto Stasi, son petit ami de l’époque, qui fut jugé à plusieurs reprises. Après deux acquittements successifs, il fut finalement reconnu coupable du crime en 2015 et condamné à purger une peine de seize années de prison.

Alberto Stasi est celui qui a découvert le corps de Chiara Poggi gisant dans une mare de sang sur l’escalier de la maison familiale. La police l’a immédiatement identifié comme le principal suspect, affirmant notamment que ses chaussures étaient bien trop propres pour quelqu’un qui aurait découvert le corps par hasard et estimant qu’il avait dû les laver après le meurtre. En outre, les enquêteurs ont affirmé que la victime connaissait son meurtrier car elle avait ouvert la porte de chez elle en pyjama. L’arme du crime n’a jamais été retrouvée.

La plus grande erreur judiciaire de l’histoire du pays?

Après ses deux acquittements, l’homme âgé de 24 ans au moment des faits fut condamné sur la base de preuves circonstancielles, notamment des traces d’ADN de la victime retrouvées sur les roues d’un vélo appartenant à sa famille. Depuis, Alberto Stasi ne cesse de clamer son innocence. Giada Bocellari, l’une de ses avocates, a déclaré: «Alberto a finalement été condamné non pas tant à cause des preuves, mais à cause de la question fondamentale posée lors de ce procès: s’il ne l’a pas fait, alors qui l’a fait?»

Malgré la condamnation en 2015, l’enquête pour meurtre a été rouverte en 2025 par le parquet. De nouveaux tests effectués sur des traces d’ADN trouvées sous les ongles de Chiara Poggi se sont révélés compatibles avec celui d’Andrea Sempio, ami du frère de la victime. Il a d’abord été suggéré que ce dernier aurait pu commettre le meurtre avec d’autres personnes –dont Alberto Stasi–, mais l’accusation soutient désormais qu’il a agi seul, en la frappant à la tête et au visage avec un objet contondant au moins douze fois.

La justice demande l’annulation de la condamnation d’Alberto Stasi, ce dont la famille de la victime ne veut pas entendre parler. «La famille Poggi soutient pleinement le système judiciaire italien», résume Gianluca Zanella, journaliste et auteur d’un livre sur l’affaire. «Elle se montre sceptique quant à l’idée d’une nouvelle enquête.»

Une précédente investigation visant Andrea Sempio avait été classée sans suite en 2017, le parquet ayant alors jugé les preuves insuffisantes. Parallèlement à cette nouvelle investigation, le père d’Andrea Sempio et un procureur de la ville de Pavie font l’objet d’une enquête pour corruption présumée, laquelle aurait eu pour but d’obtenir l’abandon des poursuites. Tous deux nient les faits qui leur sont reprochés.

«Nous agissons avec prudence, mais il pourrait s’agir de la plus grave erreur judiciaire jamais commise en Italie, conclut Giada Bocellari. À ma connaissance, c’est la première fois qu’une enquête pour meurtre est rouverte alors qu’une personne condamnée est déjà en prison.» L’Italie se déchire à propos de l’affaire, comme en témoignent les nombreuses initiatives observées sur internet. «Il s’agit du premier cas de meurtre en Italie où l’on observe une implication aussi active de chaînes YouTube et de sources d’information informelles en dehors des médias traditionnels», décrit Gianluca Zanella.


Source:

www.slate.fr