Nouvelle adaptation de « Les Misérables », signée Fred Cavayé, arrive sur un terrain forcément sensible : celui de l’œuvre monumentale de Victor Hugo. La proposition du réalisateur mise sur une galerie de vedettes et sur le montage des séquences les plus célèbres du récit, privilégiant une lisibilité immédiate plutôt que la restitution de la complexité romanesque qui fait la singularité du roman.
Au fil du film, la narration se concentre sur les épisodes forts — rencontres décisives, confrontations et scènes d’action — au prix d’un effeuillage des personnages secondaires et des figures morales qui structurent le roman. Dans ce choix, l’adaptation adopte un rythme de succession d’images emblématiques qui compresse le souffle long et digressif de l’œuvre source, réduisant la profondeur psychologique au rôle de décor pour la mise en scène.
Le casting, abondamment mis en avant dans la promotion, offre des performances souvent solides mais limitées par l’économie du scénario : la plupart des protagonistes n’ont pas la place nécessaire pour évoluer au-delà de leurs traits définitoires. Pour le public qui cherche une relecture épurée au cinéma, cette version fournira des moments d’intensité ; pour celles et ceux qui espèrent retrouver la richesse des tensions sociales et des motifs moraux du roman, la sensation dominante est celle d’une simplification.
Cette adaptation soulève, plus largement, des questions sur le rapport contemporain du cinéma aux classiques littéraires : faut-il privilégier l’effet immédiat et la starisation, ou chercher à transposer la densité d’un texte dans la durée filmique ? La réponse déterminera si ce choix esthétique permet au film de trouver son public sans renier la dimension profonde qui a fait, depuis longtemps, la renommée des « Misérables ».

