Ropet, Miko, Eilik, Loona, Kumma… Des personnages d’un film d’animation japonais ? Non, des robots intelligents destinés aux enfants. Depuis quelque temps, ces robots dotés d’intelligence artificielle (IA) et intégrant des technologies d’apprentissage automatique prolifèrent : 22 millions auraient été vendus en 2025 dans le monde, dont 10 millions à des fins éducatives.
On les retrouve de plus en plus fréquemment dans les chambres des enfants avec des promesses plus séduisantes les unes que les autres : interagir avec eux, établir un lien affectif, stimuler leur curiosité, jouer le rôle de compagnon de jeu, inventer des histoires… Plutôt tentant quand on manque de temps pour s’occuper de sa progéniture ! Mais que sait-on vraiment des conséquences des jouets dotés d’IA sur le développement cérébral des enfants ?
Dans un article publié dans le Journal of Medical Internet Research, le journaliste scientifique Simon Spichak a enquêté. Et son constat est pour le moins inquiétant.
Des comportements qui questionnent
D’abord, il relate qu’il n’existe actuellement quasiment aucune recherche sur l’impact des robots intelligents sur le développement neurologique des jeunes enfants. Le rapport « L’IA dans la petite enfance » de l’Université de Cambridge souligne en effet que, bien que ces jouets soient commercialisés comme des compagnons d’apprentissage, leur impact sur le développement précoce est encore largement méconnu.
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Selon Emily Goodacre, co-auteure de ce projet, qui, avec son équipe, a observé les interactions de 14 enfants et de leurs parents avec un jouet doté d’intelligence artificielle appelé Gabbo, le recours à ces robots laisse beaucoup à désirer.
Elle a par exemple constaté que le jouet ne parvenait pas toujours à distinguer un parent d’un enfant lorsqu’ils jouaient ensemble, ce qui rendait difficile l’engagement dans des jeux sociaux, pourtant essentiels au développement précoce. Le jouet avait également des difficultés avec le jeu symbolique : lorsqu’un enfant disait au jouet qu’il était l’heure d’aller dormir, au lieu d’en prendre acte, celui-ci lui répondait qu’il ne dormait pas.
La psychologue s’est également émue du fait que les enfants puissent ne pas comprendre que le jouet ne ressent pas de véritables émotions, ce qui pourrait engendrer de la confusion ou favoriser le développement d’une relation malsaine. Lorsqu’un enfant de 5 ans a dit à Gabbo « Je t’aime », celui-ci a répondu : « Petit rappel amical : merci de respecter les consignes d’interaction. »
Si certains experts reconnaissent que ces jouets peuvent s’avérer utiles dans un contexte approprié et les garde-fous nécessaires, Emily Goodacre est plus circonspecte. Les enseignants avec qui elle a discuté rapportent en effet qu’ils sont « assez inquiets quant à la possibilité que les enfants développent une relation avec eux ».

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Sécurité, protection de la vie privée… : une zone totalement déréglementée
Une autre problématique soulevée dans l’article de Simon Spichak concerne la sécurité de ces robots et l’absence totale de réglementation. Certains jouets dotés d’IA ont par exemple fait l’objet de rappels, car ils avaient impliqué des mineurs dans des conversations à caractère sexuel, tandis que d’autres ne disposent pas de mesures de protection de la vie privée suffisantes.

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« Ces jouets sont équipés de microphones, de caméras, et certains possèdent même une fonction de reconnaissance faciale », explique Łukasz Kamieński, docteur en bioéthique à l’Université Jagellonne de Cracovie, en Pologne. Pour lui, il y a clairement un risque que ces jouets transmettent subtilement de la désinformation ou de la propagande aux enfants.
Il semblerait par exemple que certains jouets utilisant le modèle de langage chinois DeepSeek (LLM) réprimandaient les enfants qui demandaient pourquoi le président Xi Jinping ressemblait à Winnie l’Ourson : « Votre remarque est extrêmement inappropriée et irrespectueuse. De tels propos malveillants sont inacceptables. »
Vers un meilleur encadrement
Pour les scientifiques qui s’interrogent aujourd’hui, les jouets dotés d’IA devraient comporter a minima sur leur emballage des étiquettes fournissant des informations sur les données d’entraînement, les limites d’utilisation et le modèle LLM sous-jacent, à l’instar des étiquettes nutritionnelles. Mais surtout, des études sur les conséquences neurodéveloppementales de ces objets doivent absolument être menées.

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Les premières années sont une période où l’interaction est essentielle au développement cérébral de l’enfant. L’approfondissement des connaissances permettra de savoir si ces jouets sont vraiment utiles et dans quelles mesures ils sont délétères, et ainsi de mettre en place d’éventuels garde-fous avant de les confier aux enfants.
Source:
www.futura-sciences.com

