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PARIS — La France a présenté une version modernisée de son missile balistique stratégique lancé depuis un sous-marin M51, une « étape majeure » dans la modernisation de la dissuasion nucléaire océanique du pays, a annoncé mardi le ministère des Armées.

La troisième et dernière version du M51 est dotée de nouvelles ogives nucléaires ainsi que d’une portée, d’une précision et d’une capacité améliorées pour pénétrer les défenses ennemies, a indiqué le ministère dans un communiqué envoyé par courrier électronique. Le M51.3 sera déployé à bord des quatre sous-marins nucléaires lance-missiles français Le Triomphant.

« Le M51.3 garantit la crédibilité continue de la composante océanique face à l’évolution des défenses antimissiles ennemies », a déclaré le ministère.

La mise à jour du M51 intervient au milieu de ce que l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm a décrit en juin comme une nouvelle course aux armements nucléaires dangereuse, avec presque tous les États dotés de l’arme nucléaire travaillant à améliorer les armes existantes et à ajouter de nouvelles versions.

À mesure que des adversaires potentiels tels que la Russie modernisent leurs capacités de missiles anti-balistiques, les anciens modèles de missiles risquent fort d’être interceptés. Cela pourrait à son tour diminuer la capacité de la France à garantir une capacité crédible de seconde frappe, nuisant ainsi à sa posture de dissuasion nucléaire.

La ministre des Armées Catherine Vautrin a signé vendredi la mise en service opérationnelle du missile M51.3.

« Cette réalisation incarne une ambition majeure de la loi de programmation militaire 2024-2030 : accélérer la modernisation de nos capacités et assurer la crédibilité à long terme de notre dissuasion, pilier souverain de notre sécurité », a déclaré Vautrin sur les réseaux sociaux.

Le missile amélioré témoigne également de la détermination de la France à maintenir ce qu’elle appelle l’autonomie stratégique au sein de l’OTAN. Le pays maintient ses forces nucléaires séparées de la structure de commandement et de contrôle et du processus décisionnel de l’alliance, bien que la France et le Royaume-Uni aient convenu en juillet de coordonner potentiellement leurs moyens de dissuasion respectifs.

Le programme M51.3 était piloté par la Direction générale de l’armement, avec la nouvelle ogive TNO-2 développée par le Commissariat à l’énergie atomique, et par ArianeGroup en charge de la conception et de la propulsion du missile.

Le missile M51 a une portée intercontinentale et transporte plusieurs têtes nucléaires, selon le ministère. Chacun des sous-marins lance-missiles français est équipé de 16 missiles, qui consistent en un lanceur à trois étages à propergol solide d’un poids de plus de 50 tonnes et d’une longueur de 12 mètres, selon ArianeGroup.

Bien que la portée exacte du missile ne soit pas divulguée, ArianeGroup affirme que le M51 atteint une altitude de plus de 2 000 kilomètres avant de rentrer dans l’atmosphère à une vitesse de Mach 20, transportant sa charge utile sur une distance de « plusieurs milliers de kilomètres ».

Le M51.3 est estimé avoir une autonomie de plus de 9 500 kilomètres, contre plus de 9 000 kilomètres pour l’itération précédente, selon le Bulletin of the Atomic Scientists.

Le missile transporte quatre à six véhicules de rentrée multiples ou MIRV à ciblage indépendant, chacun avec une puissance estimée à 100 kilotonnes, selon le Bulletin. Pour chaque ogive, cela représenterait plus de six fois la puissance de la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima en août 1945.

Les travaux sur le M51.3 ont commencé en 2014, tandis que le développement de l’ogive TNO-2 a commencé en 2013, selon le ministère des Forces armées. ArianeGroup et la DGA ont réalisé en novembre 2023 le premier vol d’essai du missile M51.3 depuis le site de lancement de Biscarrosse, dans le sud-ouest de la France.

La première version du missile balistique M51 est devenue opérationnelle en 2010 et la DGA a chargé en août ArianeGroup du développement de la future version M51.4.

La France travaille également au remplacement des sous-marins de la classe Le Triomphant à partir des années 2030 dans le cadre de sa modernisation nucléaire, Naval Group ayant coupé le premier acier pour le programme dit SNLE 3G en mars de l’année dernière. La France prévoit d’exploiter les sous-marins de nouvelle génération à des fins de dissuasion nucléaire jusqu’à la fin des années 2080.

Outre la modernisation de la composante de dissuasion nucléaire océanique, la France travaille sur le missile hypersonique à lancement aérien ASN4G, destiné à remplacer le missile de croisière nucléaire ASMPA porté par l’avion de combat Rafale. Le nouveau missile doit être intégré sur le futur standard F5 du Rafale.

Le pays compte sur le Future Combat Air System, le projet franco-germano-espagnol entaché par les luttes intestines entre Dassault Aviation et Airbus, pour fournir la future composante aéroportée de sa dissuasion nucléaire. La France a déclaré que ses exigences concernant les avions FCAS incluent la capacité de transporter une arme nucléaire et d’opérer à partir d’un porte-avions.

Rudy Ruitenberg est correspondant européen de Defence News. Il a débuté sa carrière chez Bloomberg News et possède une expérience en matière de reportage sur la technologie, les marchés des matières premières et la politique.



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