Le monde entier semble setre mis en mouvement anime

Il fut un temps où les voyages culturels pour un artiste à la recherche d’inspiration comme pour un amateur d’art en quête d’altérité, relevaient d’un arrachement. Quitter sa ville et sa civilisation pour aller vers une destination dont on ne savait rien ou presque, sans image existante et très peu de textes, bref, sans Google et dans des conditions de transport aussi improbables qu’indéfinies, s’apparentait à une plongée dans l’inconnu.

D’Eugène Delacroix au Maroc à Paul Gauguin à Tahiti, de la photographe Ella Maillart qui explora dans les années 1930 les contrées les plus lointaines avec juste un sac à dos aux artistes chinois qui s’exilaient en Europe dans les années 1960, voyager à la rencontre d’autres cultures restait une exception, une mise en danger, une épreuve. On partait pour se perdre et parfois se retrouver.

Le voyage, une œuvre en soi

Aujourd’hui, voyager, pour un artiste comme pour un amoureux de l’art, est (excepté quelques destinations extrêmes) devenu aussi facile qu’indispensable. Les artistes sont régulièrement invités dans des centaines de résidences et de biennales, dans des lieux plus étonnants les uns que les autres. Mais pour eux le voyage n’est plus seulement un déplacement, il devient un dispositif, une matière première. L’artiste ne voyage plus seulement pour découvrir, il recompose le monde comme un territoire mobile.

Ólafur Elíasson capte les glaces du Groenland pour les faire fondre dans les capitales européennes afin de dénoncer le réchauffement climatique. JR colle des visages sur les murs des favelas de Rio de Janeiro, Marina Abramović transforme ses déplacements en rituels de présence. Le voyage est alors une œuvre en soi.


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Des expériences à vivre à travers le monde

Les lieux eux-mêmes se métamorphosent : les déserts accueillent des installations monumentales d’art contemporain, les forêts mortes renaissent grâce à des œuvres, les anciennes usines textiles deviennent centres d’art…

Mais ce qui change radicalement, c’est que le monde entier semble s’être mis en mouvement, animé par une soif d’expériences culturelles. Et les propositions de voyages dans des lieux touristiques – la Biennale de Venise, les sites patrimoniaux rares à l’instar d’AlUla en Arabie saoudite, les féeries d’œuvres contemporaines dans des espaces naturels comme sur l’île de Naoshima au Japon – ne cessent de se multiplier. Les lieux eux-mêmes se métamorphosent : les déserts accueillent des installations monumentales d’art contemporain, les forêts mortes renaissent grâce à des œuvres, les anciennes usines textiles deviennent centres d’art et les stations de ski sans neige des montagnes de sculptures !

Depuis Le Voyage à Nantes, festival d’art contemporain invitant chaque année des artistes à créer des œuvres pérennes (inventé par Jean Blaise en 2012 et repris par Sophie Lévy), la ville devient de plus en plus une sorte de cité-œuvre, une narration à vivre. Et si nous continuons à voyager pour découvrir des lieux de culture uniques, c’est parce que, bien qu’on les retrouve en images et en vidéos sur tous les réseaux sociaux, chaque visite nous révèle combien être face à une construction de Gaudí à Barcelone, se retrouver aux pieds des mythiques pyramides d’Égypte ou se promener dans le Jardin des Tarots de Niki de Saint Phalle, en Italie, est avant tout une expérience sensorielle et intellectuelle rare, intense, inattendue… Une expérience initiatique. Pas une image, mais un voyage !

 


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Source:

www.beauxarts.com