C’est une image particulièrement puissante qui vient de remporter le premier prix du World Press Photo 2026, grand concours annuel de photojournalisme. Intitulé « Séparés par l’ICE », ce cliché pris le 26 août 2025 par la photo-reporter américaine Carol Guzy (née en 1956), choisi parmi plus de 57 000 autres images prises aux quatre coins du monde, saisit une scène déchirante : un père équatorien, arrêté à la sortie d’une audience, est arraché à sa famille sous les yeux de sa femme et de ses enfants en pleurs.
D’une intense sobriété, la photographie embarque le spectateur au cœur de la tension et de la souffrance, saisit le nœud d’un drame humain en train de se jouer : en plan rapproché, l’image capte uniquement les visages, ravagés par une émotion brute, et les gestes – ceux de la famille, qui tente de retenir le père en s’accrochant à son vêtement, et ceux des agents, qui les séparent de force.
La violence de la politique migratoire de l’administration Trump en une photo
Prise dans un tribunal fédéral de New York, le Jacob K. Javits Federal Building, l’image, loin de documenter un fait isolé, condense en un instant toute la violence de la politique migratoire de l’administration Trump aux États-Unis. Elle rappelle la fonction essentielle du photojournalisme : informer, mais aussi fournir des preuves, rendre visibles des réalités que les institutions cherchent à cacher, nier ou minimiser.
Carol Guzy, Arrestations de L’ICE au Tribunal de New York,
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© Carol Guzy / ZUMA Press, iWitness, pour le Miami Herald
Depuis 2025, l’ICE (Service de l’immigration et des douanes des États-Unis) a arrêté plusieurs milliers de personnes qu’elle présente comme les « pires des pires criminels en situation irrégulière ». En réalité, ce sont de nombreux immigrés (enfants compris) sans aucun casier judiciaire ou infraction grave, en situation légale ou en cours de régularisation, et même des citoyens américains issus de l’immigration, qui sont brutalement envoyés dans des centres de détention. Dans ces lieux, les conditions d’hygiène, les refus d’accès aux soins et autres maltraitances dénoncées par des témoins et ONG, ont déjà entraîné la mort de plusieurs dizaines d’adultes et d’enfants. Les 7 et 24 janvier dernier, l’ICE avait également provoqué une vague d’indignation internationale en abattant en pleine rue deux citoyens américains, Renée Good et Alex Pretti.
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Une photojournaliste habituée à raconter le monde
Chevronnée, la photojournaliste américaine Carol Guzy a travaillé pendant plusieurs années pour le Miami Herald et le Washington Post, couvrant aussi bien des catastrophes naturelles que les violences à Haïti et au Kosovo, la famine en Éthiopie, la guerre civile en Somalie, en Sierra Leone et au Rwanda, ou le travail des pompiers new-yorkais après le 11 septembre 2001. Elle a remporté de nombreuses récompenses, dont plusieurs prix Pulitzer, ainsi que la Robert Capa Gold Medal en 2018.
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Source:
www.beauxarts.com
