L’Atlético, qui affronte Arsenal en demi-finale de la Ligue des champions ce mardi, traîne encore le cliché d’une équipe entièrement tournée vers la défense. Si les Colchoneros savent faire le dos rond quand le match le réclame, le style de jeu prôné par Diego Simeone a nettement évolué depuis son arrivée au club.
Difficile de dire qu’une équipe ne fait que “garer le bus” quand elle tourne à 2,4 buts par match en Ligue des champions. Avec 34 buts en 14 matchs cette saison, l’Atlético de Madrid a marqué plus de buts que tous les autres participants, hormis le Paris Saint-Germain et le Bayern Munich.
D’ailleurs ce fameux “bus” impénétrable, censé protéger les cages de l’Atlético, ne contrôle que très peu les tickets à l’entrée. Cette saison, parmi toutes les équipes au moins quart de finalistes, aucune équipe n’a encaissé plus de buts par match que les Colchoneros (plus d’1,8/match).
Mais où est donc passé le fameux “Cholismo” de Diego Simeone? “Je pense que l’évolution d’El Cholo a été naturelle”, estime Peter Luccin, son ancien coéquipier à l’Atlético en 2004. “Tout le monde a évolué. Tu es obligé de t’adapter. Je pense qu’à un moment c’était trop, cela pesait sur les joueurs. Tu peux gagner des titres, mais de jouer ce style de jeu assez défensif, cela pèse sur un plan physique et psychologique.”
Un “Cholismo” plus entreprenant en attaque
Aujourd’hui le “Cholismo” est bel et bien vivant, mais il a grandi, mûri. Ce qui n’a pas changé? Diego Simeone demande toujours la même intensité et le même investissement défensif à tous ses joueurs. Cela reste une condition non négociable pour jouer sous ses ordres. Il est toujours aussi pragmatique, et n’hésite pas à demander à ses troupes de se regrouper en défense pour conserver une qualification, ou pour s’adapter à l’adversaire. C’est pour cela que les fans de foot ont pu reconnaître “l’ancien Atléti” sur une grande partie du quart de finale contre le FC Barcelone.
Mais offensivement, ce n’est plus le même entraîneur. Diego Simeone a compris que son équipe devait être aussi solide défensivement que dangereuse devant. La saison passée, la campagne de Ligue des champions des rojiblancos s’était arrêtée en grande partie à cause d’un facteur : la peur d’aller chercher ce deuxième but, d’oser, de risquer de se dénuder en défense. Au retour contre le Real Madrid en huitièmes de finale, ils avaient marqué à la première minute, mais Diego Simeone n’avait pas eu le courage de penser que son équipe pouvait terrasser son adversaire.
Des scores fleuves cette saison
Cette leçon, il l’a retenue. En Liga, il a étrillé le Real (5-2) dans le derby de début de saison. En Coupe du Roi, il a submergé le Betis à l’extérieur en quart (5-0), puis estomaqué les Barcelonais au match aller de la demi-finale (4-0, 0-3 au retour).
“C’est beau parce qu’il a réussi à évoluer. Il a réussi, on va dire, à se battre contre ses gènes, contre sa fibre. Je le considère comme l’un des meilleurs au monde, et c’est bien de voir que même ces entraîneurs-là évoluent”, se réjouit le Français Peter Luccin, à l’Atlético de 2004 à 2007.
L’évolution de Diego Simeone se voit aussi dans l’effectif. En défense, il aimerait sûrement moins compter sur un joueur du niveau de Nahuel Molina, mais il est peut-être mieux armé que jamais offensivement. L’entraîneur argentin est doté d’une quantité d’options et de profils offensifs rarement vue depuis son arrivée en 2011. Le vétéran Griezmann, la star Alvarez, le supersub Sorloth, le technique Almada, l’international espagnol Baena… sans oublier son propre fils Giuliano Simeone, qu’il a façonné en joueur parfait pour son équipe. Et puis, surtout, il y a l’ajout d’Ademola Lookman.
« Ils ont changé leur optique de recrutement »
Arrivé en janvier, Ademola Lookman symbolise l’actuelle vision rojiblanca, celle de Simeone, mais aussi d’Apollo, le nouveau propriétaire ambitieux du club. Le type de joueur spectaculaire auquel on pense moins quand on pense Atlético. Son recrutement en pleine saison, associé à l’investissement d’avenir sur Rodrigo Mendoza, espoir espagnol au milieu de terrain, illustre une nouvelle façon de travailler.
“Ils ont changé leur optique de recrutement, avec des joueurs qui ont de bons pieds. Leur optique a changé, et je pense que c’est aussi dû à Antoine Griezmann, estime le Français Peter Luccin. Pendant des années c’était une équipe beaucoup plus défensive, mais quand Antoine est revenu du Barça, il y a eu un changement. Il a presque forcé Simeone à changer son style”,
Beau jeu ou pas, Diego Simeone réussit là où très peu d’entraîneurs modernes réussissent : rester 15 ans dans le même club au plus haut niveau. Depuis son arrivée, l’Atlético a disputé 13 fois la Ligue des champions, soit plus que dans toute son histoire sans lui (8). Au-delà des résultats, El Cholo a gardé l’amour de son groupe. Ce mardi à l’entraînement, ses joueurs ont célébré son anniversaire en l’obligeant à traverser une haie d’honneur, et en le tapotant tous derrière la tête. Quel meilleur cadeau pour ses 56 ans que de disputer une demi-finale de Ligue des champions?
Source:
rmcsport.bfmtv.com
