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Pris en étau entre des vagues de chaleur record et l’envolée des prix du gaz liée au conflit au Moyen-Orient, l’Inde a massivement augmenté sa production d’électricité issue du charbon en avril. Malgré ses ambitions climatiques, le pays, troisième émetteur mondial de dioxyde de carbone au monde, a dû compenser les perturbations de l’approvisionnement en GNL via le détroit d’Ormuz pour éviter le black-out.

C’est une autre conséquence préoccupante de la guerre au Moyen-Orient. En avril, l’Inde a augmenté sa consommation de charbon afin de répondre à une demande électrique croissante. Ces dernières semaines, le pays le plus peuplé au monde a été confronté à une vague de chaleur intense, alors que son approvisionnement énergétique était perturbé par le conflit en Iran.

Résultat: la production d’électricité à partir de charbon a atteint une moyenne de 164,9 gigawatts le mois dernier, contre 160,7 gigawatts en avril 2025, selon les données de S&P Global Energy, relevées par CNBC. Environ 4% de la capacité de production installée de l’Inde – c’est-à-dire sa capacité de production maximale – repose sur le gaz naturel liquéfié (GNL), dont 60 % est importé via le détroit d’Ormuz.

L’envolée des cours du GNL a rendu cette filière économiquement non viable, explique au média américain Girish Madan, directeur des notations d’entreprises chez Fitch Ratings à Singapour.

« Par conséquent, le charbon doit supporter une charge plus importante durant ces mois de pic estival », ajoute-t-il.

Entre 40 et 45 degrés

Depuis plusieurs semaines, la demande d’électricité s’envole alors que les températures atteignent des sommets. Le 27 avril, les données de la plateforme AQI indiquaient que les cinquante villes les plus chaudes de la planète se trouvaient toutes en Inde. Ces vagues de chaleur favorisent l’usage massif de climatisation ou de ventilateurs dans les foyers les plus modestes. En outre, le secteur agricole recourt aux pompes électriques pour puiser dans les nappes phréatiques, tandis que les infrastructures du réseau électrique perdent de l’énergie.

« Les conditions de canicule, avec des relevés dépassant les 40 à 45 degrés Celsius dans plusieurs régions, ont fait bondir la demande », précise auprès de CNBC Andre Lambine, responsable de la recherche sur l’électricité et les énergies renouvelables pour l’Asie-Pacifique chez S&P Global Energy.

Il souligne que si la production au gaz a rebondi fin avril, elle reste inférieure de 1,5 gigawatt en moyenne par rapport aux niveaux de 2025, confirmant le remplacement du gaz par le charbon dans le mix énergétique.

Des objectifs de neutralité carbone ambitieux

Le développement potentiel du phénomène climatique El Niño pourrait entraîner une croissance de 10 % de la production d’électricité au charbon sur un an, préviennent les analystes. Le gouvernement indien a d’ailleurs averti, dans un communiqué publié le 2 mai, que des températures relativement plus élevées étaient attendues ce mois-ci dans le nord-ouest, le centre et l’ouest du pays, ainsi que sur la côte est.

Si le secteur de l’énergie est le principal moteur de cette consommation, d’autres industries se tournent également vers le charbon. La production de ciment aurait notamment été affectée par le fait que les approvisionnements en coke de pétrole ont été perturbés par le conflit au Moyen-Orient. Le manque de cette matière carbonée solide issue du raffinage de l’or noir et utilisée comme combustible a provoqué une hausse des prix, poussant les cimentiers à le substituer par du charbon.

Le mois dernier, l’Inde s’est engagée à réduire l’intensité carbone de son économie de 47% d’ici 2035, conformément à son objectif de neutralité carbone fixé pour 2070. Bien que les émissions de dioxyde de carbone du pays continuent de croître, leur taux de croissance l’an passé a été le plus faible enregistré en plus de deux décennies, selon une analyse du Center for Research on Energy and Clean Air.


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