La hausse spectaculaire de l’or, avec un cours autour de 4 000 euros l’once en mai 2026 après une progression de plus de 40 % sur un an glissant en euros, ravive une question simple. Combien d’or faut-il vraiment posséder pour protéger son épargne ? Les banques d’investissement convergent sur une fourchette indicative de 5 à 15 % du portefeuille, J.P. Morgan ayant même fait du métal jaune un actif « cœur de portefeuille » dans ses dernières notes stratégiques. La société canadienne Sprott défend une allocation de 10 % en or physique pour les profils défensifs.
Pourtant, les particuliers français restent autour de 3 % en moyenne, signe d’une réflexion patrimoniale rarement formalisée. Pour Étienne Brois, consultant en ingénierie patrimoniale et auteur Protéger son épargne avec l’or et l’argent paru chez Eyrolles fin mai 2026, le bon dosage tient à trois variables, l’âge, le capital déjà constitué et l’objectif de vie. « Cela dépend de l’âge du capitaine », résume-t-il. Trois profils types se dégagent.
Trois profils, trois logiques pour bâtir sa poche or
Premier profil, le jeune actif de 20 à 35 ans, qui n’a pas encore constitué de patrimoine. Son enjeu n’est pas de protéger un capital existant mais d’en bâtir un. La logique recommandée est celle de l’accumulation progressive plutôt que de l’achat massif en une seule fois, pour ne pas entrer sur un sommet de marché. « L’idée, c’est de l’acheter de manière régulière, un peu comme on mettrait sur un livret A pour la suite, au lieu de mettre sur le livret A on le met sur l’or », suggère Étienne Brois. À 1,50 % de rémunération depuis février 2026 et un rendement réel proche de zéro après inflation, le livret réglementé fournit la sécurité mais pas la création de valeur sur trente ans.
Deuxième profil, le quinqua ou sexagénaire en phase de sécurisation, qui sort d’une cession d’entreprise, d’une vente immobilière ou de plusieurs décennies d’épargne salariale. Le capital existe, la priorité devient de figer son pouvoir d’achat dans la durée. La poche or grandit pour devenir une véritable assurance patrimoniale, en complément de l’immobilier et de l’assurance-vie. La logique d’Étienne Brois consiste à arbitrer en faveur de revenus immobiliers pour les épargnants qui n’ont pas de retraite suffisante, et de positionner l’or comme protection du capital sous-jacent.
Troisième profil, le préretraité ou retraité, chez qui l’or joue un rôle d’amortisseur plutôt que de moteur. Liquidité, simplicité de revente et exonération à 22 ans en font un complément d’assurance-vie utile pour la transmission. Un quatrième usage est apparu récemment chez les CGP, l’épargne en or pour les enfants en alternative au livret A. À considérer comme une stratégie patrimoniale, et non comme un équivalent technique du livret, puisque la fiscalité à la sortie, la liquidité quotidienne et la garantie en capital ne sont pas comparables.
L’or et l’argent, trouver le bon dosage entre les deux métaux
Le débat de l’allocation ne s’arrête pas à la quantité totale. Reste à arbitrer entre les deux métaux monétaires historiques. Étienne Brois propose une grille pédagogique, à recevoir comme une doctrine patrimoniale assumée plutôt qu’un consensus de marché. En régime normal, le repère donné est de trois quarts en or, un quart en argent. L’or fait office de réserve longue durée, l’argent ajoute du potentiel de rattrapage. Le métal blanc a progressé de plus de 120 % en euros en 2025 et continue d’être soutenu par la demande industrielle liée au solaire et aux centres de données.
Cette répartition peut évoluer en cas de tensions géopolitiques durables. L’expert décrit alors un basculement vers une grille 50-50, justifiée par la nature « fractionnable » de l’argent pour les petites transactions. « Pour échanger avec un voisin qui a des légumes, on préférera les pièces d’argent plutôt que les pièces d’or », illustre l’expert, qui rappelle aussi que des acteurs financiers comme Morgan Stanley et Goldman Sachs ont étoffé leurs stocks physiques d’argent ces dernières années.
Côté ticket d’entrée, le panel est large. Des solutions hybrides comme Veracash permettent d’acheter de l’or fractionné dès 1 euro avec stockage en coffre mutualisé, sans détention physique entre les mains de l’épargnant. Une pièce physique commence autour de 200 à 300 euros pour un demi-Napoléon ou un dixième d’once, davantage pour un lingotin. L’essentiel n’est pas le montant initial mais la régularité. Mieux vaut un versement mensuel modeste pendant dix ans qu’un achat massif sur un sommet, surtout après une année où le métal jaune a doublé.
Les fourchettes d’allocation citées (5 à 15 % chez J.P. Morgan, 10 % chez Sprott) constituent des repères institutionnels et ne valent pas conseil personnalisé. La répartition 75/25 et 50/50 entre or et argent reflète la grille pédagogique de l’expert et non un consensus de marché. L’investissement en or et en argent comporte un risque de fluctuation des cours et un risque de vol pour la détention physique. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour toute situation patrimoniale spécifique, un conseil personnalisé auprès d’un conseiller en gestion de patrimoine est recommandé.
Source:
www.capital.fr

