Les deux opérateurs qui s’apparentent plus à des assembleurs qu’à des entreprises ferroviaires connaissent des problèmes d’exploitation et/ou des soucis commerciaux.
Lancer une offre ferroviaire est un défi aussi bien industriel, technique que financier. Mais des petites entreprises en mode start-up tentent de contourner ces difficultés afin de répondre à une demande forte avec une approche d’assembleurs. C’est le cas de l’entreprise participative belgo-néerlandaise European Sleeper et du néerlandais GoVolta qui proposent des trajets en Europe à prix bas, de nuit et de jour, avec des trains anciens et lents.
La première s’appuie sur du financement participatif (plus de 7 millions d’euros déjà levés) et ne possède pas de matériel roulant, un foyer de coûts très important. Elle loue d’un côté la locomotive à un prestataire et de l’autre les voitures-couchettes et le personnel navigant à Train Charter Services/RDC Deutschland, un acteur qui propose des solutions ferroviaires clés en main. Un modèle agile, économique qui permet de se lancer vite avec peu de CAPEX mais pas dénué de risques puisque le moindre grain sable grippe fortement la machine.
European Sleeper en sait quelque chose puisque sa liaison nocturne Paris-Bruxelles-Berlin lancée fin mars a multiplié les couacs en avril avec parfois des voitures retirées des rames pour des problèmes techniques mais surtout avec huit trains qui n’ont pas pu partir de Paris, les voyageurs ont alors été invités à prendre un car jusqu’à Bruxelles. De quoi générer quelques grincements de dents.
Contacté alors par BFM Business, European Sleeper expliquait que ces incidents étaient dus à « une pénurie temporaire de personnel navigant en France lors de la mise en service de cette ligne ». Selon le site spécialisé Mobilithib, le problème était un peu plus grave que ça en évoquant un conflit avec l’EPSF (l’établissement public de sécurité ferroviaire) qui aurait suspendu temporairement son Certificat de Sécurité Unique (CSU), l’autorisation de circuler entre Paris et la frontière belge « à la suite d’un différend en matière en sécurité » concernant le personnel en France.
Huit départs depuis Paris annulés chez European Sleeper
Interrogée par BFM Business, l’EPSF dément indiquant avoir « réalisé un contrôle classique de l’entreprise (dont les résultats ne sont pas publics). Ce contrôle n’a pas donné lieu à une suspension du CSU, contrairement aux informations qui circulent. La suppression de certains trains est une décision émanant de l’entreprise ».
European Sleeper n’a pas retourné nos demandes de précisions sur la raison exacte de la suppression de ces 8 trains depuis Paris. Reste que depuis le 17 avril, le problème semble résolu avec la reprise des rotations. Mais pour certains observateurs du ferroviaire, cela ressemble un peu à « du bricolage ».
GoVolta de son côté est une start-up néerlandaise qui a lancé en mars son premier train depuis Amsterdam vers Berlin (avec trois allers-retours par semaine) et qui a également l’ambition de relier Paris à la capitale batave à la fin de cette année. Elle opère également une liaison de jour entre Amsterdam et Hambourg. Comme son compatriote, l’idée est de proposer des prix bas (le billet coûte en moyenne 30 euros et débute à 10 euros sans options) en exploitant de vieilles voitures des années 1980 à grande capacité rachetées à la SNCB (les trains belges), et tenter de briser le monopole des acteurs historiques et de détourner les jeunes de l’avion ou de la voiture.
Le remplissage, c’est la clé
Mais à peine deux mois après ce lancement, l’opérateur va stopper le Amsterdam-Hambourg, faute d’un remplissage suffisant. « Nous avons des trains avec capacité de plus de 600 places. Sur Hambourg c’est 60% de remplissage voire moins sur plusieurs dates. Alors qu’on est plein sur quasi tous les trains pour Berlin », explique à BFM Business, Faustine Gauthier, responsable de la communication qui précise que la liaison vers Berlin va être renforcée.
« Nous sommes des entrepreneurs qui devons être autonomes, et dans ce contexte, un taux d’occupation insuffisant est inacceptable », explique de son côté Hessel Winkelman, le fondateur de GoVolta. L’annulation de la desserte est également liée au retrait de Keolis, qui devait initialement assurer l’exploitation des trains et fournir le personnel de GoVolta, mais qui s’est finalement retiré quelques semaines avant l’inauguration.
Le remplissage des trains à grande capacité des deux opérateurs est la clé pour parvenir à l’équilibre financier. European Sleeper annonçait lors du lancement du Paris-Berlin plus de 20.000 billets vendus sur la première période de réservation. Un chiffre difficile à vérifier. GoVolta se félicite d’un carton sur Berlin. Reste à savoir si cet engouement pour les slow travel à bord de trains dénués de Wi-Fi ou de clim tiendra dans le temps.
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