La Chine a tellement investi dans les energies renouvelables que

Depuis plus de dix ans, Xi Jinping pilote une profonde mutation de l’économie chinoise autour d’un objectif central: rendre le pays sécurisé sur le plan énergétique. Sous son impulsion, la Chine a lancé une véritable révolution des énergies renouvelables –éolien, solaire, hydroélectricité– tout en forant plus loin dans ses gisements pétroliers terrestres et offshore et en multipliant les accords d’approvisionnement, afin de réduire sa dépendance aux importations et de se protéger des chocs externes.

La crise pétrolière historique déclenchée par la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran constitue aujourd’hui le test le plus sévère de cette stratégie de quasi-autosuffisance. Pourtant, alors que de nombreux pays d’Asie peinent à s’approvisionner en carburant, la Chine –premier importateur mondial d’énergie– s’appuie sur d’amples réserves de pétrole, une industrie largement alimentée par de l’énergie domestique et un parc automobile de plus en plus électrifié.

Pour Erica Downs, chercheuse au Centre sur la politique énergétique mondiale de l’Université Columbia, interrogée par CNN, cette capacité de résistance «est en quelque sorte une justification de tout ce qu’ils ont fait pour renforcer la sécurité énergétique».

Depuis qu’elle est devenue importatrice nette d’énergie au début des années 1990, la Chine considère sa dépendance au Moyen-Orient comme une vulnérabilité majeure. Ses dirigeants ont longtemps redouté les détroits étroits, comme celui de Malacca, par lesquels transitent ses flux énergétiques, y voyant autant de points d’étranglement potentiels en cas de conflit. Pour réduire ce risque, Pékin a investi dans de coûteux oléoducs et gazoducs terrestres en provenance d’Asie centrale, de Russie ou de Birmanie, tout en diversifiant ses fournisseurs –la Russie étant désormais en tête pour le pétrole depuis l’invasion de l’Ukraine.

Là où les prédécesseurs de Xi Jinping se concentraient surtout sur la diversification des sources de pétrole et de gaz, ce dernier veut aller plus loin dans sa quête d’autonomie. Sa ligne directrice, souvent répétée, est que la Chine doit «s’en tenir à une pensée du pire scénario» et donner la priorité à la sécurité nationale dans un environnement jugé de plus en plus hostile et instable. Dans ce cadre, Pékin a amplifié une dynamique déjà naissante en renforçant massivement les énergies renouvelables et en réduisant le recours aux énergies fossiles.

Des efforts colossaux… et des contradictions

Sur le terrain, cela se traduit par des fermes solaires et éoliennes géantes qui se déploient à grande vitesse dans les plateaux de l’intérieur du pays et le long des côtes. Les usines chinoises produisent désormais des batteries bon marché, permettant aux voitures électriques de remplacer peu à peu les modèles à essence sur les routes, d’autant que la Chine domine les chaînes d’approvisionnement des matériaux critiques. Parallèlement, le pays, qui concentre déjà environ un tiers des capacités hydroélectriques mondiales, lance de nouveaux barrages dans l’Ouest montagneux et investit dans des technologies de rupture comme la fusion nucléaire ou l’hydrogène «vert».

Cette montée en puissance n’efface pas les contradictions: les abondants gisements de charbon du nord continuent d’alimenter les centrales et de servir de filet de sécurité, rappelant que le premier émetteur mondial de carbone n’a pas tourné la page des énergies fossiles. Pendant que l’industrie fonctionne en grande partie à l’électricité issue des renouvelables et du charbon, les géants énergétiques d’État poursuivent les explorations dans les déserts et les fonds marins, tout en constituant des stocks de brut suffisants pour tenir plusieurs mois. Selon des analystes chinois, le pays n’importerait plus qu’environ 15% de son énergie totale, même s’il dépend encore de l’étranger pour près de 70% de son pétrole et 40% de son gaz naturel.

La flambée des prix des carburants n’est pas restée sans effets: hausse du kérosène, billets d’avion plus chers, voire vols annulés, augmentation des coûts de transport et des matières premières qui se répercute sur les prix à la sortie d’usine. Les planificateurs ont dû intervenir pour amortir les hausses de l’essence et du diesel, et Pékin aurait autorisé les raffineurs publics à puiser dans les réserves commerciales, selon des informations de la presse spécialisée. Enfin, l’économie chinoise, très tournée vers l’exportation manufacturière, reste tributaire d’une demande extérieure solide alors que la consommation intérieure demeure poussive.

Une avance technologique indéniable

Malgré ces fragilités, la Chine apparaît nettement plus isolée des turbulences du marché pétrolier mondial que nombre de ses voisins, tout en affichant une croissance robuste au premier trimestre 2026. Xi Jinping et son entourage y voient la confirmation de leur stratégie: la Chine est désormais, de loin, le leader mondial des énergies renouvelables, exploitant l’équivalent de trois fois la capacité éolienne et solaire des États-Unis et de l’Inde réunis.

La fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, début mars, a toutefois mis en évidence l’ampleur de l’exposition chinoise: environ 38% du pétrole et 23% du gaz naturel liquéfié qui transitent habituellement par ce passage sont destinés à ses ports, ce qui représente près de la moitié de ses importations de brut et un sixième de son gaz.

C’est justement ce niveau de dépendance qui rend la résilience du pays d’autant plus frappante et accentue le contraste avec les États-Unis, décrits par certains comme un «pétro-État» tant leur modèle reste centré sur les fossiles. Pékin, de son côté, met en avant une trajectoire d’électrification de son économie et fait tout pour se présenter comme un acteur responsable et visionnaire.

Les autres puissances commencent à prendre la mesure de ce basculement. Au premier trimestre 2026, les exportations chinoises de technologies «vertes» se sont envolées: véhicules électriques, batteries au lithium et équipements éoliens ont bondi respectivement de 78%, 50% et 45% sur un an, selon les données officielles.


Source:

www.slate.fr