Le chalutage, c’est une pratique de pêche industrielle qui consiste à traîner de lourds filets sur les fonds marins pour en sortir des quantités impressionnantes de poissons et d’autres espèces. La méthode est controversée. ONG et scientifiques alertent les gouvernements européens depuis des années. Ils veulent la faire interdire et les résultats publiés dans la revue Ocean & Coastal Management par des chercheurs rattachés au projet National Geographic Pristine Seas confirment leurs craintes.
???? Most EU citizens want political leaders to prioritize ocean protection and to ban bottom trawling in marine protected areas, according to a recent poll.
Marine protected areas should be havens for marine life, not trawling grounds!
See the results ???? https://t.co/V7oXoNamWm pic.twitter.com/7sgR726GXc
— Oceana (@oceana) July 9, 2024
Des millions de tonnes de CO2
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 4 900 chalutiers de fond battant pavillon européen. L’équivalent de 5,5 millions d’heures de pêche par an. Y compris dans plus de la moitié des aires marines protégées (AMP) d’Europe dans lesquelles la pratique reste étonnamment autorisée. Près d’un quart des heures de chalutage de fond s’y déroulent. C’est la première révélation de l’étude.
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L’autre enseignement, c’est que le chalutage rejette d’énormes quantités de dioxyde de carbone (CO2) : 112 millions de tonnes par an, carburant et relargage de sédiments inclus. Soit plus du quart des émissions de notre pays.
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Parce que les chalutiers consomment beaucoup de carburant. Les gouvernements européens aident d’ailleurs la pêche industrielle à payer cette lourde facture – à hauteur de quelque 1,17 milliard d’euros par an.

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Au nom de l’emploi et de la sécurité alimentaire. Alors même que la pêche artisanale génère trois fois plus de travail et que le chalutage de fond ne fournit que 2 % des protéines animales consommées en Europe.
Coral-rich archipelago welcomes Greek ban on bottom trawling.
Greece is also outlawing bottom trawling in national marine parks by 2026 and in all protected marine areas by 2030, the first country in Europe to take such a stephttps://t.co/S1PiQZI6nT pic.twitter.com/7tgCMtbh5n
— AFP News Agency (@AFP) June 3, 2025
Une facture de plusieurs milliards d’euros
Les émissions de CO2 associées à la pratique viennent aussi de la perturbation causée aux fonds marins par des engins parfois grands comme 12 Boeing 747 qui le déchirent. Ainsi, le chalutage libère du carbone stocké depuis des siècles.
Le saviez-vous ?
Le vrai coût du chalutage de fond ne se limite pas à la mer retournée comme un champ. Réduction de la complexité des habitats, modifications permanentes de la composition des communautés benthiques, baisse de la productivité. Les chercheurs n’ont pas pu évaluer l’ensemble des dommages écologiques. Pas non plus le coût des prises accessoires, alors que jusqu’à 75 % des animaux capturés par le chalutage sont rejetés morts à la mer.
Les chercheurs concluent que le coût net du chalutage de fond pour la société pourrait atteindre les 16 milliards d’euros par an, selon le coût que l’on accorde à une tonne de CO2 émise dans l’atmosphère. Un chiffre d’autant plus frappant que les profits annuels de l’industrie ne dépassent pas les 180 millions d’euros. C’est 90 fois moins ! En d’autres mots, « le chalutage de fond dans les eaux européennes n’est pas seulement un désastre environnemental, c’est aussi un échec économique » !
Source:
www.futura-sciences.com
