À un an du scrutin (les deux tours devraient avoir lieu entre le 11 avril et le 2 mai), l’élection présidentielle de 2027 ressemble déjà à une primaire géante à ciel ouvert, où se mêlent candidats déclarés, aspirants assumés, inconnus notoires persuadés de pouvoir tirer leur épingle du jeu et responsables politiques qui entretiennent savamment le flou.
Entre une droite éclatée qui tire toujours plus à droite, une gauche en ordre très dispersé, un camp central en quête d’un héritier pour succéder à Emmanuel Macron et un Rassemblement national (RN) en tête des enquêtes d’opinion, la course à l’Élysée a clairement commencé. Petit état des lieux.
Ceux qui sont déjà officiellement candidats
Édouard Philippe
Personnalité politique la plus populaire du pays selon plusieurs baromètres, Édouard Philippe a annoncé sa candidature à la prochaine élection présidentielle à l’automne 2024. Il avait fait des dernières élections municipales un point de passage obligé et il a été réélu maire du Havre (Seine-Maritime) à la fin du mois de mars. Président et fondateur du parti Horizons, l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron (2017-2020) veut incarner un centre droit de gouvernement, distinct du macronisme sortant comme du RN. Il se positionne comme l’architecte d’un troisième bloc raisonnable, proeuropéen, libéral sur l’économie et ferme sur les sujets régaliens.
Xavier Bertrand
Président de la région Hauts-de-France, plusieurs fois pressenti par le passé mais jamais au rendez-vous du premier tour (la dure loi de la primaire), Xavier Bertrand a officialisé sa candidature pour 2027 dès le mois de février 2024. Gaulliste social, défenseur d’une «droite populaire» attachée aux classes moyennes et aux territoires, celui qui a lancé le parti Nous France en 2022 veut apparaître à droite comme une alternative au duo macronisme/RN, en rupture avec les ambiguïtés de son bord politique vis-à-vis de l’extrême droite.
Bruno RetailleauDésigné comme futur candidat du parti par les adhérents des Républicains (LR), lors d’un vote interne qui s’est tenu le dimanche 19 avril, l’ancien ministre de l’Intérieur fera campagne sur ses thèmes de prédilection: ordre, autorité et valeurs traditionnelles, quitte à empiéter sur les plates-bandes de l’extrême droite.
Nicolas Dupont-AignanDès le mois de mars 2025, le président de Debout la France a confirmé qu’il se lancerait pour la quatrième fois dans la course à l’Élysée. Nicolas Dupont-Aignan veut rassembler ce qu’il appelle le «bloc souverainiste», en menant une campagne très critique de l’Union européenne, de l’euro et des politiques migratoires, tout en tentant de se différencier d’un Rassemblement national désormais moins radical dans son discours économique.
François AsselineauCandidat en 2017, recalé en 2022 faute de parrainages, le président et fondateur de l’Union populaire républicaine (UPR) a d’ores et déjà lancé sa campagne pour la présidentielle de 2027. François Asselineau portera une ligne de Frexit assumée, de dénonciation des traités européens et de critique globale de l’OTAN, dans la continuité de ses campagnes précédentes.
Nathalie ArthaudLa porte-parole de Lutte ouvrière (LO) a annoncé sa candidature à l’issue d’un vote interne lors du congrès de son parti, en décembre 2025. Il s’agira de sa quatrième présence sur la ligne de départ présidentielle, incarnant la continuité de sa formation d’extrême gauche trotskiste, comme l’avait fait avant elle Arlette Laguiller (candidate sans discontinuer de 1974 à 2007).
Delphine Batho et Jérôme GuedjDans le champ de la gauche républicaine et écologiste, certaines candidatures se sont affirmées sans passer par une éventuelle case primaire. L’ancienne ministre Delphine Batho et le député Jérôme Guedj ont tous deux annoncé vouloir porter une vision de gauche républicaine, sociale et écologique. Ils se positionnent comme une offre de gauche de gouvernement, attachée à la laïcité et au compromis social, face aux logiques de bloc… sans se prêter au jeu d’un vote préalable.
Ceux qui sont candidats… à une primaire
Clémentine AutainDéputée de Seine-Saint-Denis, ancienne figure du parti La France insoumise (LFI) qu’elle a quitté en 2024, Clémentine Autain a annoncé, le 14 juin 2025, qu’elle serait candidate en vue d’une primaire de gauche à la prochaine présidentielle. Elle s’est dit prête à participer à un «rassemblement» et à «incarner une gauche solide». La cofondatrice du mouvement L’Après défend un projet écosocialiste, féministe et attaché aux libertés publiques, en rupture avec ce qu’elle perçoit comme les dérives personnelles et autoritaires du leader insoumis Jean-Luc Mélenchon.
François RuffinDéputé de la Somme, cinéaste et fondateur de la revue Fakir, François Ruffin a plusieurs fois fait savoir qu’il voulait peser dans la désignation d’un candidat de gauche pour 2027 et se projette clairement dans la course à l’Élysée. Le président et fondateur du parti Debout (anciennement Picardie Debout) met en avant un style de populisme social ancré dans les classes populaires, entre critique du libéralisme, défense des services publics et méfiance vis-à-vis du «présidentialisme» classique.
Marine TondelierSecrétaire nationale du parti Les Écologistes (anciennement EELV), Marine Tondelier a été désignée, le 8 décembre 2025, pour représenter son camp dans le cadre d’une primaire de la gauche, en vue du scrutin national de 2027. Fervente militante de cette primaire, qui est prévue à l’automne 2026, la conseillère régionale des Hauts-de-France défend le projet d’un bloc écologiste et social, assumant une ligne de rupture sur le climat, la répartition des richesses et la démocratie, avec la volonté de peser dans une éventuelle candidature commune.
David LisnardEn désaccord avec la ligne prônée par Bruno Retailleau et la désignation de ce dernier sans passer par une primaire, le maire de Cannes (Alpes-Maritimes) a quitté Les Républicains à la fin du mois de mars et officialisé sa candidature derrière sa propre bannière, celle de son mouvement Nouvelle Énergie. Là encore, il devrait suivre une ligne libérale et sécuritaire. Il se dit favorable à «grande primaire ouverte» à droite.
Ceux qui sont «intéressés» ou très fortement pressentis
Jordan Bardella ou Marine Le PenAprès la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics et la peine d’inéligibilité prononcée en première instance, l’équation du Rassemblement national pour 2027 s’est compliquée, même si un appel est en cours. En mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris a prononcé des peines particulièrement lourdes, Marine Le Pen étant condamnée à quatre ans de prison dont deux ans ferme sous bracelet électronique, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire.
La députée et présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, qui avait annoncé son intention d’être de nouveau candidate (après 2012, 2017 et 2022), reste au cœur du scénario. Mais de plus en plus de regards se tournent vers Jordan Bardella, actuel président du parti. Dans les sondages, le RN apparaît en tête dans de nombreuses configurations pour le premier tour de 2027, faisant de son futur candidat le favori objectif de l’élection.
Jean‑Luc MélenchonFondateur de La France insoumise et lui aussi ancien triple candidat à la présidentielle, Jean‑Luc Mélenchon reste très présent dans le débat public et dans l’appareil militant. Son nom continue d’apparaître dans les scénarios testés par les instituts de sondage pour 2027. S’il n’a pas officiellement déclaré une nouvelle candidature, il laisse planer le doute, tout en voyant émerger une galaxie d’anciens proches (Clémentine Autain, François Ruffin) décidés à faire entendre une autre voie à gauche. Après avoir acté, ce mardi 21 avril, le mode de désignation de son candidat pour la présidentielle, LFI a semble-t-il accéléré la quatrième participation de Jean‑Luc Mélenchon dans la bagarre pour le poste de président de la République.
François HollandeS’il n’est pas officiellement candidat, François Hollande «se prépare», comme il l’a déclaré, le 15 avril, dans une interview pour l’hebdomadaire Marianne. Il explique ne «rien exclure», affirme ne pas vouloir être un simple spectateur comme en 2017 et en 2022. L’ancien président (2012-2017) parle d’une «candidature de la gauche réformiste» en 2027, sans dire clairement s’il veut l’incarner lui‑même…
Gabriel AttalChef de file du parti macroniste Renaissance, cité comme un prétendant potentiel pour prendre la suite d’Emmanuel Macron, le député et ancien Premier ministre multiplie les déplacements et travaille à un projet politique, tout en affrontant les critiques sur les résultats électoraux de son camp.
Gérald DarmaninL’actuel ministre de la Justice a explicitement indiqué qu’il en avait «envie» et se dit capable d’incarner le centre, plaidant pour une ligne d’ordre et de fermeté sociale, hors du giron Renaissance, dont il n’est plus adhérent. D’autres anciens ou actuels piliers du macronisme –Aurore Bergé, Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet, Jean Castex ou Sébastien Lecornu– sont régulièrement évoqués comme possibles candidats du bloc central, même si leurs entourages relativisent souvent ces ambitions.
Dominique de VillepinMême s’il n’a pas encore annoncé officiellement sa candidature, l’ancien Premier ministre (2005-2007) assume des ambitions présidentielles et aurait déjà commencé à réunir les 500 parrainages nécessaires. Il a créé en juin 2025 son propre parti, La France humaniste, et a indiqué, le 10 avril, vouloir être «dès le premier tour, un candidat de rassemblement» lors du scrutin de 2027.
Ceux qui y pensent plus ou moins ouvertement
À droite, la situation est confuse. Outre les candidats déjà déclarés comme Xavier Bertrand ou David Lisnard, Laurent Wauquiez est régulièrement cité parmi les prétendants, même si le député LR a récemment mis sur pause son projet de primaire de la droite, au vu des sondages favorables à Édouard Philippe. Le dimanche 19 avril, sur le plateau de l’émission «Dimanche en politique» sur France 3, l’ancien Premier ministre Michel Barnier a lui indiqué se sentir «capable d’être président de la République».
Et Éric Zemmour dans tout ça? Officiellement, après s’être lancé une première fois en 2022, il se prépare en vue de 2027, sans annonce claire de candidature, même s’il est vu comme le postulant naturel du parti d’extrême droite Reconquête.
À gauche, l’enjeu n’est pas seulement de désigner un nom, mais de décider du mode de désignation et même du périmètre politique de la future candidature. Secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel n’a pas fermé la porte à une candidature du PCF. Raphaël Glucksmann (Place publique) est également fréquemment cité dans les listes des potentiels candidats, notamment sur les réseaux sociaux et dans certains sondages exploratoires, comme figure social‑démocrate proeuropéenne, même s’il ne se projette pas officiellement pour l’instant.
Plusieurs partis –écologistes, socialistes, petites formations de gauche– ont annoncé la tenue d’une primaire le 11 octobre 2026, censée déboucher sur une candidature commune pour 2027, mais on sait comment se passent les primaires à gauche (demandez à Benoît Hamon ce qu’il en pense). La France insoumise, Place publique et le Parti communiste français n’y prendront par ailleurs pas part. Aux déclaré·es que sont Clémentine Autain, François Ruffin, et Marine Tondelier, pourraient se joindre d’autres noms, comme Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, ou encore le maire PS de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, qui a estimé début avril qu’il pourrait être une «solution» pour la présidentielle de 2027.
Il est tout à fait possible que la rédaction de Slate.fr ait laissé passer un·e ou plusieurs potentiel·les candidat·es, n’hésitez pas à nous le signaler.
Source:
www.slate.fr
