Banksy est de retour ! À Londres, ce mercredi 29 avril au matin, les passants ont découvert à Waterloo Place, dans le quartier de St James’s, une imposante statue apparue sur un socle au milieu des monuments officiels.
L’œuvre représente un homme en costume avançant d’un pas décidé, un pied déjà hors de son piédestal, brandissant un drapeau. Flottant au vent, celui-ci lui recouvre entièrement le visage. À la base, un nom griffonné : Banksy. Provoquant aussitôt attroupements et spéculations, cette pièce mystérieuse a ensuite bien été revendiquée par le street artiste britannique sur son compte Instagram.
Une satire du nationalisme au cœur de la glorification de l’histoire britannique
Le choix du lieu n’est pas anodin, car Waterloo Place regorge de symboles de la mémoire britannique. On y trouve en effet aussi bien des statues royales que des figures héroïques, et un mémorial de la guerre de Crimée. Introduire dans ce panthéon de bronze un personnage aveuglé par son propre drapeau revient donc à glisser un grain de sable dans la mécanique commémorative. La figure semble marcher avec assurance… vers le vide. On y lira volontiers une satire du nationalisme, de la politique spectacle ou des certitudes patriotiques conduisant à la chute.
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Une référence à son propre statut d’artiste ?
À un moment crucial de la trajectoire de Banksy, peut-être s’agit-il là du manifeste de cet artiste hors norme.
Mais comme toujours chez Banksy, l’œuvre pourrait être à double sens, et même à sens multiples. Ce visage effacé par l’étendard en marche pourrait aussi renvoyer à Banksy lui-même. Quelques semaines après une enquête de Reuters affirmant avoir confirmé son identité supposée, l’artiste exprimerait ici le fait que son rôle d’artiste engagé et son anonymat (synonyme d’une création totalement libre et désintéressée) sont indissociables. Il réagirait donc à l’enquête en revendiquant l’importance de la préservation de cet anonymat, en le définissant comme faisant partie intégrante de son identité d’artiste.
Selon cette lecture, l’œuvre suggérerait que ce n’est pas le visage de l’homme qu’il faut regarder mais le drapeau qu’il porte – c’est à dire son message, son combat. À un moment crucial de la trajectoire de Banksy, peut-être s’agit-il là du manifeste de cet artiste hors norme, qui échappe depuis 30 ans à la fixation biographique. Une voix sans visage, qui tire justement sa puissance de son caractère insaisissable… Signifiant ainsi que les curieux avides de démasquer Banksy pourraient, s’ils continuent à s’entêter, le faire tomber de son piédestal, causant la triste fin d’une légende de l’art urbain.
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Source:
www.beauxarts.com
