C’est dans l’ancien haras d’Annecy, bijou patrimonial du XIXe siècle inscrit aux monuments historiques, que l’animation a désormais trouvé un foyer permanent. Ce n’est peut-être pas vraiment un hasard quand on sait que c’est en étudiant le mouvement du cheval que Eadweard Muybridge posa, en 1878, les bases mêmes de l’image animée en décomposant pour la première fois le galop, le trot ou encore le saut de l’animal dans une célèbre série photographique. Au lapin, mascotte historique du festival d’Annecy, succède ainsi le cheval : une manière pour la nouvelle cité d’inscrire l’animation dans une histoire longue, aux origines mêmes du cinéma.
Après des décennies de réflexions, de rapports et de projets restés lettre morte, la Cité internationale du cinéma d’animation sera inaugurée le 19 juin prochain, deux jours avant l’ouverture du festival. Un symbole fort pour une discipline longtemps considérée comme mineure avant de s’imposer comme « un fleuron industriel français », selon les mots de Gaëtan Bruel, président du Centre national du cinéma et de l’image animée, lors de la conférence de presse de lancement.
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Une longue relation entre Annecy et le cinéma d’animation
La Cité internationale du cinéma d’animation d’Annecy, 2025
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© CITE ANIMATION / A-Trichet-Laurier
Pensée comme un lieu vivant, la Cité réunira un musée permanent de 450 m², une salle de cinéma de 332 places, des espaces d’expositions temporaires, des ateliers pédagogiques, des résidences d’artistes et des dispositifs d’éducation à l’image. « L’animation n’est pas un genre, c’est du cinéma à part entière », insiste Mickaël Marin, directeur de Citia, structure organisatrice du festival et opératrice de la future Cité. « C’est probablement l’expression cinématographique la plus libre et la plus créative. »
Conçu par l’agence d’architecture dd.a et le paysagiste Philippe Deliau, le chantier représente un investissement global de 54 millions d’euros, incluant la restauration du site et l’aménagement du parc. La ville d’Annecy finance à elle seule 30 millions d’euros ; le département de Haute-Savoie en apporte 19, tandis que l’État et la région Auvergne-Rhône-Alpes participent respectivement à hauteur de 4 millions et 1,9 million d’euros.
Des expos et des ateliers pour découvrir les coulisses de la fabrication
Pour le maire de la ville alpine, Antoine Armand, cette ouverture vient consacrer un lien historique entre Annecy et l’animation. Car l’histoire commune remonte à 1960, lorsque naissent ici les Journées internationales du cinéma d’animation, impulsées par les mouvements d’éducation populaire. « C’était un pari audacieux, le choix de la curiosité », rappelle Dominique Puthod, président de Citia. Depuis, Annecy est devenue chaque mois de juin le cœur battant de l’animation mondiale. Restait à inventer un lieu capable de prolonger cette effervescence toute l’année.
Scolaires, familles, seniors ou cinéphiles avertis doivent pouvoir s’y rencontrer dans une logique de mixité des publics.
La réponse prend aujourd’hui la forme d’un centre hybride où se croisent patrimoine, création et transmission. Peggy Zejgman-Lecarme, directrice du pôle culture de Citia, insiste sur la dimension pédagogique du lieu : ateliers autour des différentes techniques (papier découpé, stop motion, peinture animée..), découverte des effets spéciaux ou de la postproduction sonore. « L’éducation artistique et culturelle est le cœur battant de la cité », explique-t-elle. Scolaires, familles, seniors ou cinéphiles avertis doivent pouvoir s’y rencontrer dans une logique de mixité des publics.

La Cité internationale du cinéma d’animation d’Annecy, 2026
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© CITE ANIMATION / A-Trichet-Laurier
Le lieu revendique également une véritable ambition patrimoniale. Les collections du musée du film d’animation d’Annecy (ouvert en 2005 avant de fermer ses portes en 2024) ont été intégrées à ce nouvel espace permanent appelé à s’enrichir continuellement grâce à des acquisitions et des dons d’artistes ou de studios.
Cette volonté de transmission se poursuivra à travers une programmation ambitieuse d’expositions. La première sera consacrée au studio français Ankama, créateur des univers de Dofus et Wakfu, et explorera les coulisses de ses créations. Un autre accrochage plongera les visiteurs dans l’univers artisanal des studios américains Laika, célèbres pour le terrifiant Coraline (2009), avec un aperçu inédit de leur prochain long-métrage, Wildwood.
Préserver la forte créativité française dans le domaine
L’animation constitue aujourd’hui l’un des secteurs les plus dynamiques et stratégiques de l’industrie audiovisuelle française.
Au-delà de sa portée culturelle, la Cité affirme aussi une ambition profondément politique. À l’heure où l’industrie de l’animation traverse une zone de turbulences – entre restrictions budgétaires, ralentissement des productions et prolifération des contenus générés par intelligence artificielle –, Gaëtan Bruel, a défendu avec force l’idée d’une « souveraineté des imaginaires ». Derrière cette formule se joue, selon lui, la capacité de la France à préserver des récits, des esthétiques et des références culturelles propres, à rebours d’une uniformisation croissante des images. Un enjeu artistique autant qu’économique puisque l’animation constitue aujourd’hui l’un des secteurs les plus dynamiques et stratégiques de l’industrie audiovisuelle française.

Affiche de l’ouverture de la Cité internationale du cinéma d’animation d’Annecy
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© Cité internationale du cinéma d’animation
Dans un paysage mondial secoué par les fragilités économiques du secteur, la France demeure pourtant le troisième producteur mondial de films d’animation. Forte de cette position, Annecy entend désormais étendre son influence bien au-delà du temps du festival : ne plus être seulement quelques jours par an la capitale mondiale de l’animation, mais un foyer permanent de création et de transmission des imaginaires contemporains. Une ambition résumée avec poésie par l’affiche conçue pour cette ouverture historique par Laurent Durieux : la Cité y flotte au-dessus des montagnes annéciennes, semblant s’arracher à la terre comme un écho au Château dans le ciel d’Hayao Miyazaki.
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Cité internationale du cinéma d’animation
19 Rue Guillaume Fichet • 74000 Annecywww.citeanimationannecy.com
Source:
www.beauxarts.com
