Rosa Maria Unda Souki, Donde me llevaron las ciruelas de huesito II [Où les petites prunes m’ont emmené II] de la série La Mémoire des goûts

Si le succès d’un festival se mesure à son « off », alors le Festival du dessin, dont la quatrième édition a débuté ce samedi 18 avril, est en passe de gagner son pari, les événements satellites n’ayant jamais été aussi nombreux. Lancé en 2023 par Vera Michalski et Frédéric Pajak, le rendez-vous arlésien dédié au dessin – ancien, moderne, brut, d’humour, contemporain… – fédère les initiatives autant que le public.

Que faut-il retenir en priorité de l’édition 2026 ? La présentation de deux grandes collections privées se distingue parmi la quarantaine d’expositions collectives et monographiques proposées. Révélée à l’église Sainte-Anne dans une scénographie qui multiplie les vis-à-vis et les points de fuite, la peu connue collection de dessins de Marin Karmitz éblouit par la qualité et la cohérence des œuvres réunies. Le réalisateur et producteur a convoqué les plus grands maîtres du dessin dans une sélection exigeante où la noirceur du trait et la gravité du sujet l’emportent.

Les dessins des plus grands noms de l’art

« Et la vie continue… », le titre de l’exposition de la collection Karmitz, donne le ton d’une édition dominée par le noir et le blanc, où la couleur se fraie, malgré tout et difficilement, un chemin.

De Tadeusz Kantor à Leon Golub, de Goya à George Grosz, d’André Masson à Félix Vallotton, d’Otto Dix à Christian Boltanski, la guerre et la mort s’imposent. À mi-parcours, une gouache rouge de Louise Bourgeois, figurant une femme en train d’accoucher, laisse place à une série d’études, de portraits et de nus masculins et féminins, signés Ingres, Théodore Géricault, Auguste Rodin, Jean Fautrier, Alberto Giacometti… « Et la vie continue… », le titre de l’exposition de la collection Karmitz, donne le ton d’une édition dominée par le noir et le blanc, où la couleur se fraie, malgré tout et difficilement, un chemin.

Umberto Boccioni, Controluce, 1910

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Crayon et encre • © Collezione Ramo, Milan

La deuxième grande collection de dessins dévoilée à Arles arrive directement de Milan : la Collezione Ramo, inédite en France et point d’orgue du focus « Viva l’Italia ! » du festival cette année. Initiée par Pino Rabolini, le fondateur disparu en 2018 de la maison de joaillerie Pomellato, et dirigée avec passion depuis une douzaine d’années par Irina Zucca Alessandrelli, elle rassemble 800 œuvres majeures du dessin italien des XXe et XXIe siècles.

On en retrouve une petite sélection à la chapelle du Museon Arlaten : 60 chefs-d’œuvre d’une quarantaine de noms parmi les plus représentatifs de l’art italien (Giorgio de Chirico, Alberto Savinio, Lucio Fontana, Alighiero Boetti, Mario Merz, Dadamaino, Carol Rama…), qui donnent un aperçu des grands mouvements artistiques qui ont jalonné le siècle.

Portraits d’arbres, danses macabres ou intérieurs vides

Côté expositions monographiques, qui constituent l’essentiel de la programmation, on retiendra le travail délicat et mémoriel de Rosa Maria Unda Souki présenté à l’étage de Croisière. Née en 1977, l’artiste d’origine vénézuélienne dessine à l’aquarelle et à la gouache des intérieurs dénués de présence humaine, où les temps cohabitent, et où les fruits et les fleurs s’épanouissent.

Léon Bongrain, Bain du soir

Léon Bongrain, Bain du soir, 1920

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Aquarelle, encre de Chine et mine de plomb sur papier • 22 × 14,5 cm • Courtesy Loeve&Co, Paris

Au rez-de-chaussée de l’espace Van Gogh, les scènes et les paysages naïfs et colorés de Léon Bongrain (1865–1948) enchantent par leur étrangeté formelle, quand au palais de l’Archevêché, les portraits d’arbres réalisés sur le vif à l’aquarelle et au crayon de Gérard Traquandi (né en 1952), installé entre Marseille et Paris, révèlent une nature vibratile et sensible.

À la fondation Manuel Rivera-Ortiz, passé le choc nécessaire de l’accrochage consacré à l’artiste rom Ceija Stojka (1933–2013) dont est montrée une sélection d’œuvres sur papier et sur toile figurant son expérience des camps, les dessins fantomatiques et fantaisistes de Christian Lhopital offrent une respiration bienvenue. Observateur émerveillé du quotidien, l’artiste lyonnais né en 1953 dit essayer de cultiver l’intensité du regard de l’enfance pour sauvegarder en lui « l’aventure d’être en vie ».

Ceija Stojka, Sans titre

Ceija Stojka, Sans titre, 11.10.1996

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Acrylique sur papier • 28 × 34 cm • Photo Célia Pernot / © ADAGP, Paris, 2026

Enfin, au musée Réattu, où est exposée notamment une étonnante galerie de portraits de Nicolas Lagneau, artiste ayant vécu entre le XVIe et le XVIIe siècle et dont l’identité reste un mystère, on découvre la série d’encres de Théophile Alexandre Steinlen (1859–1923) intitulée « Danse macabre ». Soit la vie et la mort dans tous leurs états au Festival du dessin 2026.


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Du 18 avril au 17 mai 2026 à Arles

Plus d’informations sur le site du Festival du dessin


Source:

www.beauxarts.com