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La
prochaine fois que vous avalerez une aspirine pour calmer un mal de tête,
pensez-y: ce geste banal pourrait contribuer à freiner silencieusement le
développement de certaines tumeurs. Nick James, un fabricant de meubles
britannique, en est convaincu. Après que sa mère, son frère et plusieurs
membres de sa famille ont développé un cancer de l’intestin, il a décidé d’effectuer
des tests génétiques. Résultat: le quadragénaire est porteur d’un gène à
l’origine du syndrome de Lynch, une maladie qui fait grimper en flèche le
risque de cancer colorectal. Selon les mutations, entre 10 et 80% des personnes
concernées développent ce type de cancer.

Face à ce
risque, Nick James a accepté de participer à un essai clinique de grande
ampleur, testant l’effet d’une prise quotidienne d’aspirine sur le
développement tumoral. «Il prend de l’aspirine depuis maintenant dix
ans et nous n’avons détecté aucun signe de cancer à ce jour», souligne John
Burn, professeur de génétique clinique à l’université de Newcastle, qui a
dirigé l’étude.

L’aspirine, remède miracle contre la maladie du siècle? L’idée
peut sembler excessive. Pourtant, les propriétés de l’aspirine fascinent les
chercheurs depuis longtemps, comme le retrace un article de la BBC. Dès 1763, le révérend anglais Edward Stone
décrivait les vertus fébrifuges de la salicine, une substance chimique contenue
dans l’écorce de saule. Un siècle plus tard, des scientifiques parvenaient à
synthétiser une version moins agressive: l’acide acétylsalicylique, qui sera
ensuite commercialisé à large échelle par le géant pharmaceutique Bayer.

Dès les années 1970, les pharmacologues ont analysé les potentielles
propriétés anticancéreuses de la précieuse pilule. Des expériences sur des
animaux ont montré que l’aspirine pourrait freiner la propagation des tumeurs.
Mais transposer ces résultats à l’humain restait alors un défi.

Regain d’intérêt chez les chercheurs

Un tournant est survenu en 2010, lorsque Peter Rothwell,
professeur de neurologie clinique à l’université d’Oxford, s’est plongé dans des
décennies de données scientifiques autour de l’aspirine. Ses conclusions avançaient que le médicament pouvait réduire à la fois
l’incidence et la propagation des cancers. De quoi relancer massivement
l’intérêt scientifique.

Dans ce contexte, John Burn s’est intéressé aux patients
atteints du syndrome de Lynch. Durant dix ans, il a suivi près de 900 malades. Les
résultats publiés en 2020 sont sans appel: une dose quotidienne de 600 mg
d’aspirine réduit de moitié le risque de cancer colorectal.

Son équipe a depuis mené une deuxième étude, toujours en
cours d’évaluation. Les premiers résultats suggèrent qu’une dose bien plus
faible (75 à 100 mg) pourrait être tout aussi efficace, voire supérieure. «Chez les
personnes qui ont pris de l’aspirine pendant deux ans, le développement de
cancers du côlon a diminué de moitié», rapporte-t-il. Autre avantage: les faibles doses sont mieux tolérées.

Des résultats qui influencent les politiques de santé

Les conclusions de ces recherches ont influencé
les politiques de santé Outre-manche, où les médecins recommandent désormais
aux personnes atteintes du syndrome de Lynch de commencer le traitement dès
l’âge de 20 ans.

D’autres études viennent renforcer ces observations. Un essai clinique
réalisé sur près de 3.000 personnes atteintes d’un cancer colorectal a
montré que prendre quotidiennement 160 mg d’aspirine trois mois après une
chirurgie réduit de moitié le risque de récidive. Depuis janvier 2026, en Suède, les patients
atteints d’un cancer de l’intestin sont testés sur certaines mutations pour
déterminer s’ils peuvent bénéficier du traitement.

L’effet de l’aspirine sur les risques de cancer reste en partie mystérieux. «Ce médicament
agit à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la cellule», explique Anna
Martling, professeure de chirurgie à l’institut Karolinska en Suède. L’aspirine
inhibe notamment une enzyme appelée Cox-2, impliquée dans la production des prostaglandines –des molécules
qui favorisent une prolifération cellulaire incontrôlée.

Plus récemment, des recherches menées par
Rahul Roychoudhuri, professeur d’immunologie du cancer à l’université de
Cambridge, avancent une autre hypothèse. Le thromboxane A2, une molécule liée à
la coagulation sanguine, pourrait activer un mécanisme empêchant les
lymphocytes T de repérer les cellules cancéreuses. En bloquant ce processus,
l’aspirine rendrait ces cellules plus visibles pour le système immunitaire. Un
résultat encourageant, mais encore limité à des expériences sur les souris.

Les scientifiques appellent toutefois à la prudence. Les
questions de savoir qui doit prendre de l’aspirine, à quel dosage et à quelle
fréquence restent ouvertes. John Burn, lui, se veut optimiste: «Nos
recherches montrent que si toutes les personnes d’une cinquantaine d’années
prenaient une faible dose d’aspirine pendant dix ans, la mortalité nationale globale
pourrait diminuer de 4%». Une projection optimiste, qui demande encore
à être confirmée à grande échelle.


Source:

www.slate.fr