Pour beaucoup de propriétaires de chats, la liberté de mouvement est le pilier du bonheur de leur animal. Pourtant, d’après des recherches récentes, les chats domestiques qui errent sans surveillance vivent statistiquement beaucoup moins longtemps que les casaniers. La différence n’est pas anecdotique: on parle d’un gain de vie de plusieurs années, simplement en fermant la chatière.
Les chiffres montrent que la majorité des décès précoces surviennent lors de ces escapades. Le premier coupable? La route. Même le chat le plus prudent peut être surpris par un phare dans l’obscurité ou un bruit soudain. Par ailleurs, les bagarres de territoire avec d’autres chats ou les rencontres avec des chiens errants se terminent souvent aux urgences. Ces altercations ne laissent pas seulement des cicatrices, elles sont aussi le principal vecteur de maladies graves, comme le «sida du chat» (FIV), pour lequel aucun vaccin n’est totalement infaillible.
Dans une étude publiée dans ScienceDirect et relayée par le média The Independent, les scientifiques Mike Calver et Heather Crawford, de l’université de Murdoch en Australie, soulignent que ce constat ne se limite pas à un pays en particulier, mais constitue un risque mondial. Ils sont clairs sur les conséquences de la vie au grand air: «Nous estimons que les chats de compagnie d’extérieur ont une vie au moins deux à trois ans plus courte que la population de chats de compagnie d’intérieur.» L’étude précise que même les chats les plus rusés finissent par être victimes de leur environnement, avec par exemple des empoisonnements accidentels par des produits chimiques, des chutes de toit ou des enfermements involontaires dans des garages voisins.
Il faut dire que nos félins sont de sacrés aventuriers, souvent à leur propre insu. Des caméras fixées sur des colliers ont révélé des comportements qui donneraient des sueurs froides à n’importe quel propriétaire, comme des traversées de voies rapides, l’exploration de canalisations insalubres ou encore la consommation d’eau stagnante polluée. En restant sur votre propriété, au moins votre chat évite ce parcours du combattant quotidien.
Protéger n’est pas emprisonner
C’est ici que le bât blesse pour de nombreux amoureux des bêtes. Empêcher un chat de sortir, n’est-ce pas, d’une certaine manière, l’empêcher de vivre sa vie de prédateur? C’est une nuance essentielle, car le chat est un animal territorial qui a besoin de stimulations. Le condamner à un salon morne, entre un canapé et un bol de croquettes, n’est pas une solution satisfaisante pour son équilibre mental. La frustration peut d’ailleurs mener à des troubles du comportement, comme de l’agressivité ou de la malpropreté. Choisir le confinement, c’est donc passer un contrat avec lui: certes, vous lui offrez la sécurité, mais en échange vous devez compenser par des interactions.
L’idée est de transformer son foyer en un terrain de jeu vertical. Des arbres à chats, des étagères dédiées ou des accès aux fenêtres sécurisés permettent de satisfaire son besoin d’observation. Pour ceux qui ont la chance d’avoir un jardin, le compromis idéal existe avec le «catio» (un enclos extérieur grillagé) ou les clôtures avec retours anti-fugue. Cela permet au chat de sentir le vent et d’écouter les oiseaux, sans jamais risquer de se retrouver sous les roues d’un camion.
Finalement, cette transition vers un mode de vie plus sédentaire reflète notre changement de regard sur le chat. Nous le considérons de moins en moins comme un animal utilitaire ou semi-indépendant, et de plus en plus comme un membre de la famille à part entière. Garder son chat chez soi, c’est accepter de devenir son principal compagnon de jeu et son garant de bonheur. C’est peut-être un peu moins de liberté sauvage pour lui, mais c’est l’assurance de partager beaucoup plus de ronronnements, pendant beaucoup plus longtemps. Un petit sacrifice de liberté pour un grand saut dans la longévité.
Source:
www.slate.fr
