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Cette intervention risque de ne pas suffire à soutenir la monnaie japonaise sur le long terme, selon plusieurs analystes qui s’attendent à ce que les autorités achètent à nouveau des yens dans les prochaines semaines.

Ce n’était pas arrivé depuis deux ans. Le Japon est intervenu jeudi 30 avril à hauteur d’au moins 5.000 milliards de yens (32 milliards de dollars) sur le marché des changes, selon des médias nippons, afin de soutenir sa monnaie face au billet vert. En milieu de semaine, le yen s’échangeait en effet à son niveau le plus faible depuis l’été 2002, à un peu moins de 160 yens pour un dollar. Cette faiblesse a pour effet de renchérir le coût des importations, en particulier des hydrocarbures, dont le prix a déjà explosé avec la guerre au Moyen-Orient.

Après ces achats massifs, la monnaie nippone s’est stabilisée autour de 156,8 yens pour un dollar vendredi. Le montant de l’intervention s’est élevé à environ 5.000 à 6.000 milliards de yens (32 à 38 milliards de dollars), selon des estimations d’acteurs du marché fondées sur les données des dépôts de comptes courants publiées vendredi par la Banque du Japon, ont rapporté l’agence Jiji Press et le quotidien économique Nikkei.

Cela risque toutefois d’être insuffisant, selon plusieurs analystes interrogés par Bloomberg.

« Il est probable qu’ils devront continuer à intervenir pour soutenir le yen à long terme », estime Kathleen Brooks, directrice de recherche chez XTB, auprès de Bloomberg.

« L’histoire regorge d’exemples d’interventions infructueuses pour soutenir le yen, ce qui laisse penser que les gains pourraient être éphémères et que le dollar pourrait reprendre du poil de la bête », a-t-elle poursuivi. Lors des dernières interventions en 2024, les autorités avaient dépensé plus de 100 milliards de dollars pour acheter des yens sans parvenir à soutenir la monnaie sur le long terme.

Vers un bond de l’inflation

La guerre au Moyen-Orient pèse lourdement sur les pays asiatiques. La banque centrale japonaise s’attend à une nette augmentation des prix. Selon ses prévisions, l’inflation devrait s’élever à 2,8% cette année contre 1,9% attendus auparavant. Elle a également révisé à la baisse sa prévision de croissance économique pour l’exercice 2026, la ramenant de 1,0% à 0,5%.

« Si les prix du pétrole brut se maintiennent à un niveau élevé plus longtemps que prévu, l’économie pourrait ralentir davantage, sous l’effet d’une baisse significative des bénéfices des entreprises et du revenu réel des ménages », a estimé la banque centrale à l’issue de sa dernière réunion.

L’archipel, longtemps guetté par la déflation (c’est-à-dire la baisse des prix), est confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%. Pour l’endiguer, la banque centrale du Japon avait entamé en mars 2024 un resserrement de ses taux, longtemps restés nuls ou négatifs.


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