C’est un phénomène physique connu depuis la nuit des temps. Lorsqu’une masse d’air chaud rencontre un courant d’air froid, gare aux orages ! Qui de Romain Gavras ou de Surkin souffle le chaud ou le froid ? Peu importe, car le résultat, lui, est sans appel. Sorti ce 24 avril, « Storm », double single de Gener8ion, a fait l’effet d’une déflagration.
Derrière Gener8ion se cache un tandem d’artistes français : le producteur et DJ Surkin et Romain Gavras, cinéaste et cofondateur de Kourtrajmé, à qui l’on doit entre autres les films Athena (2022) ou Le Monde est à toi (2018), et quelques-uns des clips les plus électrisants de ces 20 dernières années. Ce projet, qui n’avait plus donné signe de vie depuis un featuring avec 070 Shake sur « Neo Surf » en 2021, revient en fanfare avec un invité de poids : le Suédois Yung Lean, prodige du cloud rap.
Dystopie au cœur d’un internat de garçons
Ne pas se fier à leurs bouilles innocentes : quand ils ne jouent pas aux apprentis Walter White en uniforme dans la salle de chimie, ces ados distribuent des coups de poing façon Fight Club.
Gavras a toujours fait de la violence un art, qu’elle soit filmée caméra au poing dans le clip de « Stress » de Justice (2007), ou façon blockbuster dans celui de « Born Free » de M.I.A. (2010). Au fil de sa carrière, il a développé une furieuse esthétique de la mandale, parfois à la limite du soutenable. Jamais gratuite pour autant, cette violence est le symptôme d’une société à bout de souffle qui n’a plus rien à offrir à sa jeunesse sinon le bruit et la fureur.
Le clip dystopique de « Storm » met en scène, dans un futur proche, la fronde des élèves d’un internat de garçons en 2034. Yung Lean y incarne un caïd magnétique et inquiétant, bien décidé à en découdre, entraînant ses camarades dans ses 400 coups à mesure que la tension monte. Ne pas se fier à leurs bouilles innocentes : ces ados n’ont pas la candeur des élèves du Cercle des poètes disparus. Quand ils ne jouent pas aux apprentis Walter White en uniforme dans la salle de chimie, ils distribuent des coups de poing façon Fight Club.
Une transe collective chorégraphiée par Damien Jalet
À ce déferlement de brutalité répond un deuxième acte radicalement différent. Romain Gavras met en scène une séance de photo de classe tout sauf traditionnelle, qui se mue bientôt en transe collective. La chorégraphie hypnotique est signée Damien Jalet – qui, en 2023, avait envoûté la place de l’Opéra aux côtés de JR et Thomas Bangalter avec Chiroptera, avant de mettre en mouvement Emilia Pérez de Jacques Audiard en 2024. Chez Jalet, les corps en tension s’animent de forces telluriques ou cosmiques. Ils ondulent comme des vagues qui s’éventrent sur des brise-lames. Ici, la cohorte d’étudiants qui entoure Yung Lean, immobile la clope au bec, s’anime fiévreusement.
L’ensemble a des allures de tableau vivant dont la beauté convulsive n’est pas sans rappeler les images du clip fascinant de « Gosh » de Jamie xx, également réalisé par Gavras. Même si aucune date n’a pour le moment été annoncée, ce dernier devrait faire prochainement son retour sur grand écran avec Sacrifice, son premier long métrage en anglais, où Yung Lean partagera l’affiche avec un casting cinq étoiles : Anya Taylor-Joy, Chris Evans, Salma Hayek, Charli XCX… La tempête n’est pas près de s’essouffler.
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Clip réalisé par Romain Gavras
Source:
www.beauxarts.com
