Une pluie noire et toxique s039abat sur la Russie apres

L’Ukraine vise depuis plusieurs mois maintenant les infrastructures pétrolières russes, souvent très éloignées de la ligne de front. Depuis mi-avril, une raffinerie clé de la mer Noire, à Touapsé, a été frappée à quatre reprises par des drones, provoquant un incendie géant qui dure depuis des jours. Pour certains écologistes, il s’agit déjà de l’une des pires catastrophes environnementales qu’ait connues la Russie depuis la chute de l’URSS.

À chaque nouvelle frappe, la scène se répète: un épais nuage noir, âcre, s’élève au-dessus de la ville et ce que les habitants décrivent comme une pluie noire huileuse et toxique tombe du ciel; tandis qu’une nappe de pétrole s’étend sur des dizaines de kilomètres le long du littoral, rappelle le Washington Post. Les pompiers, eux, peinent à maîtriser les incendies, régulièrement relancés par de nouvelles attaques.

Si ce type de frappe n’est pas nouveau dans la tactique ukrainienne, celles de ces dernières semaines témoignent surtout d’un changement d’échelle. Kiev est désormais capable de toucher des cibles situées à des milliers de kilomètres, en contournant les défenses aériennes russes. La semaine dernière, des installations pétrolières près de Perm, dans l’Oural, ont elles aussi été endommagées. Moscou n’est plus totalement hors de portée: un drone a récemment frappé un immeuble résidentiel à quelques kilomètres du Kremlin.

Sur le plan politique, ces attaques fragilisent un peu plus Vladimir Poutine. Le président russe fait déjà face à une lassitude croissante de la population, entre guerre interminable, économie sous tension et restrictions accrues sur internet. Les images de villes russes enveloppées de fumée toxique n’arrangent rien.

«Pas de menace», assure le Kremlin

À Touapsé, la colère monte. Les habitants dénoncent le silence des médias fédéraux et l’inaction des autorités locales. Beaucoup disent se sentir abandonnés, contraints de vivre dans un air irrespirable, avec la crainte d’effets sanitaires durables. Sur les réseaux sociaux, certains accusent même le pouvoir de minimiser délibérément l’ampleur de la catastrophe.

Vladimir Poutine, lui, a reconnu les frappes du bout des lèvres, assurant qu’il n’y avait «pas de menace sérieuse». Une ligne reprise par les autorités sanitaires, qui affirment que la situation ne présente «aucun risque pour la santé». Des déclarations en total décalage avec les témoignages locaux et les analyses d’experts.

Les risques sont en effet bien réels: les incendies libèrent des substances toxiques, dont du benzène, un composé cancérigène associé notamment à des leucémies. Les écologistes estiment que les autorités auraient dû évacuer l’ensemble de la ville, plutôt que quelques rues seulement. En attendant, écoles fermées, événements annulés et consignes de confinement rythment le quotidien des habitants.

Au-delà de l’impact humain et environnemental, ces frappes s’inscrivent dans une stratégie économique assumée par Kiev. Depuis le début de l’année, plus de vingt installations pétrolières russes ont été visées afin de réduire les revenus énergétiques de Moscou, essentiels au financement de la guerre.

Les effets commencent à se faire sentir. Certaines estimations évoquent plusieurs milliards d’euros de pertes, des exportations temporairement ralenties et une baisse de production. Si la hausse des prix du pétrole liée aux tensions internationales compense en partie ces pertes, la pression monte pour le Kremlin. Dans ce contexte, certains analystes parlent désormais de «sanctions cinétiques» imposées par l’Ukraine.


Source:

www.slate.fr