Restauration des mosaïques dans la coupole du baptistère de Florence.

Des hordes de touristes le photographient chaque année sans savoir qu’il s’effrite lentement. Après des décennies d’interventions ponctuelles, le campanile de Giotto va enfin bénéficier d’une restauration globale dotée d’un budget de plus de sept millions d’euros, la première depuis son édification au XIVe siècle. Il était temps. À 85 mètres de hauteur, les dalles se décollent, les façades nord et ouest s’assombrissent et les microfractures progressent.

Pollution atmosphérique, pluies acides, variations climatiques et vieillissement naturel de la pierre ont peu à peu terni le revêtement extérieur du monument, composé de marbre blanc, vert et rouge. Le chantier s’étalera sur quatre ans mais rien ne sera dissimulé. L’échafaudage, conçu pour minimiser l’impact visuel et préserver le parcours intérieur, dévoilera progressivement les zones restaurées, comme on soulève un voile.

Des monuments pluriséculaires

Une manière de rappeler que le campanile n’est pas un décor mais une œuvre vivante, née d’un dialogue entre plusieurs générations d’artistes. La tour est en effet le fruit d’une longue transmission entre maîtres et élèves. Giotto en dessine les plans en 1334 et lance les premiers étages avant sa mort trois ans plus tard.

Andrea Pisano, qui lui succède, poursuit la construction et enrichit la base de reliefs et de sculptures consacrés à la créativité humaine. Francesco Talenti achève l’édifice en 1359 et lui donne sa silhouette définitive. Gothique dans sa structure, profondément humaniste dans son iconographie, le campanile est aujourd’hui au cœur d’une restauration plus ample, menée en pleine lumière.

« Une responsabilité culturelle et sociale envers le patrimoine bâti et les habitants »

Car l’opération dépasse largement ce seul édifice. L’Opera di Santa Maria del Fiore, l’organisme à but non lucratif qui gère l’ensemble monumental de la Piazza del Duomo, déploie un programme de 60 millions d’euros financé sur ses propres ressources. Le Collegio Eugeniano, restauré pour treize millions d’euros, accueillera dès ce printemps le nouveau siège de l’institution fondée en 1296, centralisant des services jusque-là dispersés dans le centre historique.

Ce transfert libérera près de 1 500 m2 qui pourront être réaffectés à 17 espaces résidentiels et commerciaux, participant à la revitalisation du cœur de Florence. Le Museo dell’Opera del Duomo sera également agrandi grâce à l’acquisition du Palazzo Compagni, portant sa superficie de 6 000 à 11 000 mètres carrés d’ici à 2030, pour un investissement estimé à 39 millions d’euros.

Restaurer signifie ici reprendre la main sur le centre historique, soustraire des bâtiments entiers à la pression immobilière. « Une responsabilité culturelle et sociale envers le patrimoine bâti et les habitants », comme le souligne Luca Bagnoli, le président de l’Opera di Santa Maria del Fiore.


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Continuer d’accueillir les seize millions de visiteurs pars an

Il faut désormais réparer sans fermer et protéger sans figer.

Quelques rues plus loin, le Ponte Vecchio, monument emblématique de la ville, s’apprête lui aussi à entrer en travaux. Durant l’été, ses piles plantées dans l’Arno depuis près de sept siècles seront nettoyées et consolidées depuis des pontons flottants retirés chaque soir afin de ne pas interrompre la vie du pont. Bordé de bijouteries et traversé quotidiennement par des milliers de Florentins et de visiteurs, il restera ouvert pendant toute la durée du chantier.

Les deux millions d’euros financés à parts égales par la municipalité et la famille Antinori, vignerons toscans liés à la ville depuis le XIIIe siècle, rappellent qu’à Florence le mécénat privé fait partie de l’ADN de la cité.

Derrière ces projets se joue en réalité une transformation silencieuse. Avec 16 millions de visiteurs par an concentrés sur quelques kilomètres carrés classés au patrimoine mondial, Florence n’a plus le luxe de restaurer ses monuments comme autrefois. Il faut désormais réparer sans fermer et protéger sans figer.

Le chantier du campanile comme celui du Ponte Vecchio traduisent cette nouvelle équation, qui impose d’intervenir en continu, de faire de la restauration un processus visible et assumé, tout en maintenant la ville vivante. Sauver les monuments revient désormais à défendre une idée simple : un patrimoine n’a de sens que s’il continue d’être habité.


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Source:

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